Pourquoi les agences sont difficiles à réformer intelligemment
EXPLICATIONLe paysage administratif ne se résume pas à des ministères d’un côté et à des « agences » de l’autre. Les opérateurs de l’État constituent une catégorie budgétaire qui rassemble des personnes morales distinctes contribuant directement à des politiques publiques, mais d’autres organismes publics suivent des cadres différents. La première responsabilité de ce volume est donc de nommer le bon périmètre avant de compter.
DONNÉE OFFICIELLELes chiffres clés du budget de l’État pour 2026 indiquent 2 016 588 emplois autorisés pour l’État et 401 389 ETPT financés indirectement chez les opérateurs. Ce chiffre montre l’ampleur des moyens humains associés à ce paysage ; il ne dit ni combien d’organismes existent, ni combien pourraient disparaître, ni quelle économie une fusion produirait.
ANALYSEL’autonomie peut servir à protéger une expertise, isoler une régulation, gérer des financements spécialisés ou rendre une mission identifiable. Elle peut aussi multiplier les conseils d’administration, fonctions support, systèmes d’information et chaînes de tutelle. Le travail de Delta-Sierra consiste à tester cette valeur ajoutée organisme par organisme au lieu de supposer que l’autonomie est toujours utile ou toujours coûteuse.
La méthode commune : mission d’abord, organigramme ensuite
Cette séquence transforme le terme « suppression » en protocole. Si la mission disparaît, l’organisme peut être éteint. Si la mission demeure mais que l’autonomie n’est plus justifiée, elle peut être réintégrée. Si plusieurs organismes doivent rester mais partagent des fonctions support, la mutualisation peut suffire. La solution n’est donc pas écrite à l’avance.
Les 18 mesures, organisées par fonction
Méthode d’audit — 3.01 à 3.04
Ces quatre mesures construisent l’instrument de diagnostic : audit du périmètre, rémunérations dirigeantes, fonctions support et usages de l’intelligence artificielle. Elles doivent produire les données qui alimentent les décisions suivantes.
Mutualisation et fusion — 3.05 à 3.06
Le deuxième groupe ne part pas d’un organisme cible mais d’une architecture : fusion de grappes et réintégration de structures dont l’autonomie ne serait plus justifiée.
Transformations ciblées — 3.07 à 3.14
ADEME, OFB, AFIT France, ARS, agriculture, DDT/DREAL/agences de l’eau, comités consultatifs et Arcom posent des problèmes très différents. C’est précisément pourquoi une même fiche standard de « suppression » serait insuffisante.
Audiovisuel public et presse — 3.15 à 3.17
Ces mesures obligent à séparer propriété, mission de service public, financement, régulation et actifs cessibles. Une vente ponctuelle n’est pas une économie annuelle.
Inventaire et transparence — 3.18
Le registre national ferme la boucle : il doit permettre de suivre les créations, fusions, changements de nom, réintégrations et suppressions, pour que les résultats du programme restent auditables plusieurs années plus tard.
La discipline financière du volume
Économie nette récurrente = coûts réellement supprimés − coûts recréés − charges transférées − coûts annuels résiduelsCette discipline est particulièrement importante dans le bloc Agences : certains organismes administrent des flux financiers bien supérieurs à leurs moyens de fonctionnement. Supprimer l’organisme ne supprime pas automatiquement la politique financée.
Un « système de systèmes » administratif
Agences et opérateurs : partir des missions réelles, pas du nombre de logos
Réformer les agences et opérateurs de l’État exige d’abord de distinguer trois choses que le débat public confond souvent : une mission publique, la personne morale qui l’exécute et le mode de financement. Supprimer un établissement ne supprime ni l’obligation légale, ni les agents nécessaires, ni les contrats, ni les systèmes d’information, ni les engagements déjà pris. Une économie n’existe donc que si la fonction disparaît réellement, si elle est simplifiée, ou si son coût de production baisse après transfert. Une fusion d’organigrammes sans baisse des coûts récurrents est une réforme administrative ; ce n’est pas encore une économie budgétaire.
Le budget de l’État donne un ordre de grandeur indispensable. Pour 2026, il autorise 2 016 588 emplois de l’État et finance en outre, directement ou indirectement, 401 389 équivalents temps plein travaillés relevant des opérateurs. Ce second ensemble comprend notamment les universités et grandes écoles, les organismes de recherche, France Travail, des établissements culturels et des opérateurs agricoles. Ces chiffres interdisent deux raccourcis : considérer tout emploi d’opérateur comme une bureaucratie superflue, ou considérer au contraire que la forme juridique actuelle d’un opérateur serait intangible. Source : budget de l’État 2026.
La matrice de décision : supprimer, réinternaliser, mutualiser ou conserver
Chaque organisme doit passer par la même chaîne de questions. Premièrement : la mission est-elle imposée par la Constitution, la loi, le droit européen, une convention internationale ou un engagement contractuel ? Deuxièmement : cette mission produit-elle un service qui ne peut pas être abandonné sans coût supérieur ailleurs ? Troisièmement : existe-t-il déjà une direction ministérielle, une collectivité ou un autre opérateur capable de l’absorber ? Quatrièmement : quelles dépenses disparaissent réellement après transformation — gouvernance, fonctions support, immobilier, achats, systèmes d’information, communication, prestations externes — et quelles dépenses sont simplement déplacées ? Cinquièmement : quels coûts transitoires apparaissent, par exemple indemnités, migration informatique, déménagements, contentieux ou reprise de dette ?
La décision peut alors prendre quatre formes. Suppression si la mission elle-même n’a plus de justification. Réinternalisation lorsque l’État doit garder la compétence mais n’a pas besoin d’une personne morale séparée. Mutualisation lorsque plusieurs organismes conservent une expertise distincte mais peuvent partager achats, paie, immobilier, informatique ou fonctions juridiques. Maintien lorsque l’autonomie apporte une valeur démontrable : expertise technique, indépendance fonctionnelle, proximité opérationnelle ou capacité de contractualisation que l’administration centrale fournirait moins bien.
Comment calculer l’économie nette sans double compte
Pour chaque transformation, l’économie annuelle de régime de croisière doit être présentée sous une forme reproductible : coûts réellement supprimés − coûts transférés − nouveaux coûts récurrents = économie nette annuelle. La première année ajoute les coûts de transition. Si deux mesures mutualisent la même direction informatique ou le même immobilier, l’économie n’est comptée qu’une fois. Cette discipline évite de transformer une réforme de structure en multiplication artificielle des économies.
La fonction publique dans son ensemble comptait 5,85 millions d’agents fin 2024, en hausse de 0,6 % sur un an. Le nombre de contractuels progresse et représente 24 % des agents publics. Ces données rappellent qu’une réforme des structures ne peut pas être pensée comme un simple retrait uniforme de postes : les métiers, les statuts, les versants et les besoins de terrain sont différents. Source : DGAFP, effectifs 2024 ; caractéristiques des postes.
Le test de réussite après réforme
Une transformation n’est considérée comme réussie ni le jour du décret ni le jour de la fusion juridique. Elle doit être réévaluée après un exercice complet puis après trois ans : coût complet de la mission, nombre d’échelons hiérarchiques, délais de décision, immobilier occupé, dépenses de conseil, masse salariale, qualité de service et satisfaction des usagers. Si la structure a changé de nom mais que le coût et les délais n’ont pas diminué, la réforme a déplacé le problème au lieu de le résoudre.
Sources maîtresses du volume
- Direction du Budget — Chiffres clés 2026 : emplois de l’État et opérateurs.
- Légifrance — rapport sur les opérateurs : données budgétaires, emplois, dette, masse salariale, trésorerie et immobilier.
- Corpus juridique Delta-Sierra : formulation et véhicule des 18 mesures du Plan.
Pour approfondir
Ces ouvrages prolongent le portail. Ils sont présentés comme la bibliographie de l’auteur, pas comme des preuves : les preuves restent les sources primaires citées dans le chapitre.

Réforme de l’État — Plan de Rupture
Le dossier d’ensemble : architecture des 155 mesures, trajectoire et articulation des réformes.

IA : comment transformer la France
Automatiser les tâches administratives sans confondre assistance, décision publique et contrôle humain.