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Mesure 108 / 155

09 — Souveraineté numérique et intelligence artificielle · Mesure 9.06 · 108 / 155

IA à la DGFiP : mesurer les gains dossier par dossier, pas promettre un rendement automatique

Déployer l’IA sur la préparation, le ciblage et l’assistance des agents fiscaux en séparant fraude détectée, droits rappelés, encaissements et coût de fonctionnement.

Bible France · page canoniqueMise à jour : 12 août 2026Droit et données 2026 vérifiés
IA à la DGFiP : détection d’anomalie, revue humaine, contradictoire et décision avant encaissement.
Lecture visuelle de la mesure 9.06 : chaîne d’assistance fiscale, ciblage, validation humaine et mesure des résultats.

En 30 secondes

PourquoiLa fiscalité réunit des volumes documentaires élevés, des règles complexes, des données structurées et une responsabilité juridique forte. C’est donc un terrain naturel pour l’assistance algorithmique, mais aussi un domaine où une mauvaise métrique peut produire des promesses spectaculaires. La mesure 9.06 ne doit pas
Effet financierDéploiement à la direction générale des finances publiques : chiffrage séparé entre coût, capacité et économie réellement matérialisée.
VéhiculeLoi de finances, cadre données et marchés publics
Statut des donnéesScénario à confirmer ; montant non consolidé au socle prudent
PiloteBudget / DGFiP / Numérique
PrincipeAucun gain théorique n’entre dans le total prudent sans dépense ou recette effectivement identifiable.

Pourquoi cette mesure ?

La fiscalité réunit des volumes documentaires élevés, des règles complexes, des données structurées et une responsabilité juridique forte. C’est donc un terrain naturel pour l’assistance algorithmique, mais aussi un domaine où une mauvaise métrique peut produire des promesses spectaculaires. La mesure 9.06 ne doit pas écrire « l’IA rapporte X milliards » en multipliant un taux de détection par un montant théorique de fraude. Elle doit identifier des cas d’usage : rapprochement de données, préparation de contrôles, classement de pièces, détection de schémas atypiques, aide à la rédaction, orientation des dossiers et assistance au contribuable.

État des lieux en 2026 : partir de ce qui existe vraiment

La DGFiP utilise depuis plusieurs années des techniques de data mining et d’analyse de données pour le contrôle fiscal. Le déploiement d’IA générative ajoute d’autres possibilités : synthèse de dossiers, recherche dans la doctrine, préparation de réponses ou extraction de documents. Mais les gains doivent être mesurés contre une situation de référence. Un dossier ciblé par un algorithme n’est pas une recette. Un rappel notifié n’est pas nécessairement encaissé. Et une recette encaissée peut résulter d’un contrôle qui aurait eu lieu sans l’outil. La page exige donc une chaîne comptable complète.

Source au point d’usage : DGAFP — cadre public IA ↗

Concevoir, financer et sécuriser la mise en œuvre

Architecture, fonctionnement et conditions techniques

Le système doit distinguer trois familles : outils de productivité pour l’agent ; modèles de détection ou de scoring ; interfaces destinées au contribuable. Les droits d’accès ne sont pas les mêmes. Les données utilisées pour entraîner ou évaluer les modèles doivent être documentées afin d’éviter des biais de ciblage. Chaque alerte doit être explicable à l’agent par des éléments vérifiables, même si le modèle sous-jacent est complexe. Les journaux doivent permettre de reconstruire quelles données et quelles règles ont conduit à l’ouverture d’un contrôle.

Démonstration financière : séparer coût, capacité et économie

La formule de résultat financier est volontairement stricte : recette nette attribuable = encaissements supplémentaires observés dans le groupe traité − encaissements du groupe de comparaison − coûts additionnels de l’outil et du contrôle. Cette attribution peut être estimée par expérimentation ou déploiement progressif lorsque cela est compatible avec les missions. Le site sépare droits rappelés, pénalités, encaissements et gains de productivité. Les 15 à 25 milliards d’euros historiques du Plan sont donc traités comme un scénario à éprouver, pas comme une créance certaine.

Droit applicable et limites à ne pas franchir

La DGFiP dispose de bases légales fortes pour ses missions, mais l’usage d’algorithmes doit rester compatible avec le RGPD, les garanties du contribuable, les règles de secret fiscal et le droit de contester. Une décision défavorable ne doit pas être matérialisée par un modèle sans responsabilité humaine clairement identifiée. Le règlement européen sur l’IA doit être qualifié cas par cas selon la fonction du système ; tous les outils fiscaux ne relèvent pas nécessairement du même niveau de risque. [source]

Plans A, B et C : l’objectif survit au blocage d’une voie

Plan A

pilotes sur tâches préparatoires et ciblages déjà documentés, avec groupe de comparaison et publication d’indicateurs.

Plan B

si certains modèles ne peuvent pas être suffisamment expliqués pour un usage de contrôle, les limiter à la priorisation interne et exiger une vérification indépendante avant toute action.

Plan C

concentrer les gains sur l’automatisation documentaire et le service aux agents si les usages décisionnels présentent trop de risques. L’objectif de productivité peut ainsi progresser sans sacrifier les garanties du contribuable.

Risques, objections et garde-fous

Le premier risque est le biais de sélection : un modèle peut renforcer les contrôles sur les populations pour lesquelles les données sont les plus faciles à exploiter plutôt que sur les risques les plus élevés. Le deuxième est le « rendement apparent » : on attribue à l’IA des recettes qui auraient été obtenues par les équipes. Le troisième est le secret : les données fiscales ne doivent pas sortir des environnements autorisés. Enfin, un ciblage plus performant peut saturer les équipes humaines si le nombre d’alertes croît plus vite que la capacité de contrôle.

Indicateurs, audit et preuve de réussite

Indicateurs : taux de faux positifs ; taux de dossiers donnant lieu à rappel ; taux de recouvrement ; délai moyen de traitement ; heures d’agent économisées ; coût par dossier ; part du résultat attribuable à l’outil ; recours et annulations ; incidents de données ; répartition des contrôles. Les indicateurs doivent être publiés par type d’usage et comparés à une base antérieure, sinon l’effet propre de l’IA reste impossible à distinguer.

Découper le processus fiscal avant d’y introduire l’intelligence artificielle

La DGFiP ne réalise pas une seule tâche appelée « contrôle fiscal ». Elle collecte, rapproche, informe, sélectionne, contrôle, recouvre et traite les recours. Une architecture sérieuse associe des outils différents à chaque étape.

L’IA peut aider à repérer une incohérence, classer une pièce ou préparer un dossier, mais la qualification juridique d’un redressement et les garanties du contribuable restent dans un processus contrôlé. Cette décomposition est également indispensable au chiffrage : un meilleur ciblage peut augmenter le rendement d’un contrôle, tandis qu’une automatisation documentaire réduit surtout du temps d’agent. Ces deux effets ne doivent pas être additionnés sans vérifier qu’ils concernent des ressources différentes. Le tableau de bord suit donc chaque étape et son indicateur propre.

Distinguer anomalie, risque fiscal, contrôle et recouvrement

Un modèle peut produire un score d’anomalie élevé sans qu’il existe une fraude. Une incohérence peut provenir d’une erreur de déclaration, d’une situation exceptionnelle ou d’une donnée incomplète. Le score sert à prioriser l’examen, pas à créer une dette.

Une recette nouvelle ne peut être comptabilisée qu’après établissement du droit, puis elle doit être distinguée du montant effectivement encaissé. Le rendement brut des contrôles, les droits mis en recouvrement et les encaissements sont donc trois indicateurs différents. Cette distinction protège le contribuable et la crédibilité budgétaire du Plan : on ne transforme pas la valeur de toutes les anomalies détectées en milliards d’euros disponibles pour financer d’autres mesures.

Construire un groupe témoin pour mesurer le rendement attribuable

Pour savoir si un outil améliore vraiment le contrôle, il faut comparer des populations comparables. Une partie des dossiers peut suivre la méthode habituelle et une autre bénéficier du nouvel outil, sous réserve des contraintes opérationnelles et juridiques. On mesure le temps de préparation, le taux de dossiers pertinents, les droits confirmés, les recours, les erreurs et le recouvrement.

La comparaison doit tenir compte des changements de législation et de conjoncture. Sans ce dispositif, une hausse des recettes peut être attribuée à l’IA alors qu’elle résulte simplement d’une année fiscale différente ou d’une campagne de contrôle. Le groupe témoin n’a pas vocation à priver durablement un service d’un outil efficace ; il sert pendant le pilote à établir la causalité.

Préserver le contradictoire et l’explicabilité du dossier

Lorsqu’un dossier est sélectionné à partir d’un système algorithmique, le contrôleur doit pouvoir comprendre les éléments factuels qui justifient l’examen. Il n’est pas nécessaire de révéler un modèle complet ni des paramètres permettant de contourner les contrôles, mais une décision opposable doit toujours reposer sur des faits et des règles de droit communicables. Le contribuable conteste une motivation fiscale, pas un score opaque.

Les journaux doivent donc conserver les données utilisées, la version du système et les étapes humaines. Un modèle dont les signaux ne peuvent jamais être traduits en éléments vérifiables ne doit pas devenir la seule base d’un acte défavorable. Cette exigence réduit aussi le risque d’erreurs répétées à grande échelle.

Calculer la valeur nette après coûts de contrôle et contentieux

Un rendement supplémentaire n’est pas égal à une économie nette. Il faut retirer le coût du système, des contrôles supplémentaires, du stockage, des experts, des recours et du recouvrement. Il faut également distinguer une recette ponctuelle d’une amélioration récurrente de conformité.

À l’inverse, un outil peut être utile même si le rendement fiscal additionnel est faible lorsqu’il réduit le temps de traitement ou améliore l’égalité de sélection. Le rapport annuel doit donc publier plusieurs résultats : recettes effectivement encaissées attribuables, coûts additionnels, heures libérées, erreurs, contentieux et satisfaction des agents. Cette présentation empêche de confondre performance budgétaire et performance administrative et rend les arbitrages transparents.

Approfondissement opérationnel et conditions de réussite

De la donnée au recouvrement : rendre chaque euro attribuable

La chaîne fiscale comporte plusieurs étapes qu’il faut séparer. Un modèle peut détecter une anomalie, qui donne lieu à une sélection, puis à un contrôle, éventuellement à un rappel, ensuite à une mise en recouvrement et enfin à un encaissement. Additionner les montants détectés ou redressés ne mesure donc pas une recette pour le budget. Le système attribue à chaque dossier un parcours et compare les résultats à un groupe de référence ou à une méthode antérieure lorsque cela est possible. Les coûts supplémentaires — modèles, infrastructure, enquête, contentieux et recouvrement — sont retranchés des encaissements supplémentaires attribuables. Ce n’est qu’à ce stade qu’une recette nette peut être revendiquée.

Garantir une voie de contestation indépendante du score algorithmique

Un score de risque sert à orienter le travail, pas à créer une présomption de fraude. Les agents doivent connaître les éléments utiles du dossier et pouvoir écarter le signal. Lorsqu’un contrôle aboutit à une décision défavorable, les droits de la personne reposent sur la procédure fiscale et sur des motifs juridiquement opposables, pas sur la seule existence d’un score. Les journaux permettent de reconstituer la version du système, les données utilisées et les validations humaines. Les indicateurs comparent aussi les taux d’annulation, de dégrèvement et de contentieux selon les outils employés. Une hausse du rendement accompagnée d’une hausse excessive des erreurs ou des décisions infirmées est un signal de mauvaise qualité, pas un succès.

Améliorer la qualité des données avant d’augmenter la sophistication des modèles

Un système de détection fiscale dépend de la cohérence des déclarations, référentiels, identifiants et historiques. Les premières étapes mesurent donc valeurs manquantes, doublons, changements de nomenclature et incohérences de rattachement. Certaines anomalies peuvent être détectées par des règles simples et transparentes ; elles ne nécessitent pas un modèle complexe. La sophistication n’est ajoutée que lorsqu’elle apporte un gain démontré sur des cas difficiles. Cette hiérarchie réduit le coût technique et facilite l’explication. Elle limite également le risque qu’un modèle apprenne les défauts historiques de la donnée plutôt que les phénomènes recherchés. Une part du programme IA devient ainsi un chantier de qualité des données fiscales, utile même si certains modèles sont ensuite abandonnés.

Surveiller la dérive du modèle et les changements de comportement fiscal

Un modèle entraîné ou réglé sur une période donnée peut perdre sa pertinence lorsque les règles fiscales, les déclarations ou les comportements changent. Les indicateurs suivent donc la précision des signaux, leur répartition par type de dossier et le taux de confirmation dans le temps. Une rupture brutale déclenche une analyse avant de modifier automatiquement les seuils. Les nouvelles règles fiscales sont intégrées avec des tests de non-régression. Les performances sont comparées par cohortes suffisamment larges pour détecter une dégradation sans construire de profilage illégitime. Cette surveillance évite qu’un outil efficace lors de son lancement continue plusieurs années à orienter des contrôles alors que ses hypothèses ne sont plus valides.

Tracer la chaîne de décision pour rendre l’usage contestable et auditable

Le registre de contrôle conserve la version du système qui a produit un signal, les principales données utilisées, l’agent ou le service ayant décidé la suite et les actes ultérieurs. Cette traçabilité ne signifie pas rendre public le détail des méthodes de contrôle fiscal ; elle garantit que l’administration peut expliquer son processus à ses propres contrôleurs et dans le cadre des voies de recours. Les agents disposent d’un espace pour documenter pourquoi ils confirment ou écartent un signal. Les décisions juridiquement opposables restent motivées par des éléments du dossier et par le droit applicable. Le modèle contribue à l’orientation, mais il ne devient jamais une preuve autonome. Cette séparation protège à la fois l’efficacité du contrôle et les garanties du contribuable.

Construire un calcul de rendement net attribuable avec groupe de comparaison

Le tableau financier suit les encaissements supplémentaires des dossiers orientés par le dispositif et les compare, lorsque la méthode le permet, à une population ou une période de référence. Il retranche les coûts additionnels d’analyse, de contrôle, de contentieux, de recouvrement et d’infrastructure. Les créances abandonnées ou non recouvrées ne sont pas transformées en recette. Les résultats sont présentés par millésime afin de tenir compte du délai entre détection et encaissement. Une méthode d’attribution imparfaite est signalée avec une fourchette plutôt que remplacée par la totalité des montants redressés. Cette discipline est indispensable pour qu’une politique de lutte contre la fraude ne gonfle pas artificiellement les économies globales du Plan.

IA à la DGFiP : évaluer chaque cas d’usage avec faux positifs, temps humain et recours

Le rendement varie fortement selon la tâche fiscale

Classer un document, détecter une anomalie, préparer une réponse ou sélectionner un dossier de contrôle sont des usages différents. Chacun doit avoir un jeu d’évaluation et des indicateurs propres. Additionner les gains annoncés sans tenir compte des chevauchements produirait un rendement fictif.

Le dossier doit donc publier une fiche par cas : volume traité, taux d’automatisation, temps humain restant et décisions finalement prises.

Le coût des faux positifs doit être compté

Un outil qui signale trop de dossiers inutiles peut augmenter la charge des agents et générer des demandes injustifiées pour les contribuables. Il faut suivre précision, taux de confirmation et temps de revue, puis valoriser le coût des contrôles sans suite.

Pour les décisions ayant un effet important, le rôle humain et les voies de contestation doivent être explicites.

Distinguer productivité et suppression de postes

Une diminution du temps de traitement peut être utilisée pour résorber un stock, améliorer la qualité ou absorber de nouvelles missions. Elle ne devient économie salariale que lorsqu’une décision d’effectif suit effectivement le gain et que le service reste au niveau attendu.

Le registre financier doit donc marquer séparément gain de capacité et économie budgétaire constatée.

Sources primaires et institutionnelles

Les affirmations de droit ou d’état de l’art ci-dessus sont rattachées à des sources publiques. Les hypothèses propres au Plan Delta-Sierra sont signalées comme propositions et ne sont pas présentées comme des chiffres officiels.

Date de vérification : 12 août 2026. Le cadre de l’IA évolue rapidement ; les dates d’application du règlement européen sont vérifiées contre le règlement (UE) 2026/1744.

En clair

L’intelligence artificielle peut aider la DGFiP à repérer des incohérences et à prioriser des dossiers, mais elle ne doit pas décider seule qu’un contribuable a fraudé. Un signal statistique déclenche au plus une vérification selon les règles ordinaires ; il ne remplace ni le contradictoire ni la qualification juridique.

Scénario de repli

Si un modèle produit trop de faux positifs, il est retiré des usages de ciblage individuel et conservé seulement pour des analyses agrégées ou des contrôles de qualité de données. Le contrôle humain redevient le seul filtre de sélection.

Contrôle après mise en œuvre

Publier taux de faux positifs, dossiers confirmés après contradictoire, montants réellement recouvrés, coût de fonctionnement du dispositif et nombre de décisions corrigées. Le rendement annoncé doit distinguer détection, créance mise en recouvrement et encaissement effectif.

Notions du Glossaire

DGFiP · contrôle fiscal · traçabilité algorithmique · CNIL.

Données publiques de référence · millésime 2024

Numérique et IA : 5,85 millions d’agents publics, mais aucune économie ne peut être déduite d’un taux d’automatisation générique

Avant de discuter la mesure 9.06, on fixe un ordre de grandeur national provenant d'une source publique. Il ne s'agit ni du coût ni de l'économie annoncée par la mesure : c'est une baseline indépendante à partir de laquelle le lecteur peut contrôler les ordres de grandeur.

Agents publics5,85 millionsfin 2024
Évolution annuelle+0,6 %2024

Calcul de contrôle : Si une tâche ne représente que 5 % du temps d’un périmètre et que l’IA en réduit 20 %, le temps théoriquement libéré n’est que 5 % × 20 % = 1 %.

Ce que ce chiffre ne permet pas de conclure : 1 % de temps libéré n’est pas 1 % de masse salariale économisée. Il faut démontrer quel coût disparaît réellement, mesurer erreurs/faux positifs, contrôle humain, cybersécurité et réversibilité.

Application à « IA à la DGFiP : mesurer les gains dossier par dossier, pas promettre un rendement automatique » : utiliser ce repère pour vérifier le dénominateur, le calendrier et l'ordre de grandeur de la proposition. Toute estimation propre à cette mesure doit ensuite être sourcée séparément et ne doit jamais être remplacée par la statistique nationale ci-dessus.

Règle de mise à jour : conserver le millésime et la date de publication. Lorsqu'une nouvelle édition officielle paraît, mettre à jour la donnée sans réécrire rétroactivement ce qui était connu au millésime précédent.

Atelier citoyen de vérification · mesure 9.06

Passer de la proposition à la preuve : comment auditer cette mesure soi-même

La question n'est pas seulement de savoir si « IA à la DGFiP : mesurer les gains dossier par dossier, pas promettre un rendement automatique » paraît souhaitable. Il faut pouvoir montrer, chiffres et droit à l'appui, ce qui change réellement entre la situation de départ et la situation après mise en œuvre. Cette grille transforme la page en exercice de contrôle : le lecteur doit être capable de retrouver le dénominateur, le calendrier, le coût net, le véhicule juridique et le critère qui permettrait de conclure que la mesure fonctionne réellement.

1. Établir la situation de départ

Domaine : Numérique et intelligence artificielle. Relever avant toute réforme les données portant sur temps gagné, taux d'usage, taux d'erreur, faux positifs, contrôles humains, sécurité et coût réellement supprimé. Pour chaque chiffre, noter l'année, l'unité, le périmètre, la source primaire et la fréquence de mise à jour. Un chiffre sans dénominateur ou sans date ne permet pas de mesurer un progrès.

Un gain de temps ou une automatisation n'est pas encore une économie budgétaire : il faut démontrer quel coût disparaît réellement.

2. Refaire le calcul ou le test principal

Économie budgétaire démontrée = coût effectivement supprimé − nouveaux coûts récurrents

Calculer d'abord le temps théoriquement libéré, puis identifier séparément le coût réellement évité. Si les effectifs, contrats ou charges restent inchangés, parler de capacité libérée et non d'économie acquise.

Exercice : reprendre le dernier chiffre officiel cité dans cette page, retrouver sa source d'origine et recalculer le résultat avec les mêmes unités. Si le résultat ne peut pas être reproduit, classer l'affirmation « à documenter » plutôt que « acquise ».

3. Séparer promesse, mise en œuvre et résultat

Construire trois lignes distinctes : ce qui est décidé, ce qui est effectivement déployé et ce qui est observé. Pour « IA à la DGFiP : mesurer les gains dossier par dossier, pas promettre un rendement automatique », une loi votée, un décret publié ou un budget ouvert ne constituent pas encore le résultat final. Ajouter une date cible, un responsable et un indicateur avant/après.

Exiger aussi un scénario d'échec : retard juridique, résistance opérationnelle, coût de transition supérieur aux prévisions, effet de report vers une autre administration ou comportement d'évitement.

4. Prononcer un verdict révisable

  • PASS : mécanisme documenté, données reproductibles, véhicule juridique crédible, financement et responsable identifiés.
  • À RÉVISER : objectif plausible mais hypothèse, calendrier, coût ou indicateur encore insuffisamment démontré.
  • FAIL : double compte, causalité non démontrée, coût déplacé plutôt que supprimé, ou impossibilité juridique/opérationnelle non traitée.

Le verdict doit pouvoir changer avec une nouvelle donnée : une bonne politique publique est auditable, pas seulement défendable.

Question de maîtrise : si un décideur annonçait demain que cette mesure est « réalisée », quelles trois pièces demanderiez-vous pour vérifier qu'il ne confond pas décision, activité et résultat ? Répondre à cette question sans relire la page constitue le niveau attendu.

Plan d'exécution et de contrôle · mesure 9.06

Qui décide, qui applique et comment prouver que « IA à la DGFiP : mesurer les gains dossier par dossier, pas promettre un rendement automatique » fonctionne réellement ?

Une mesure n'est pas terminée lorsqu'elle est annoncée, votée ou financée. Pour IA à la DGFiP : mesurer les gains dossier par dossier, pas promettre un rendement automatique, il faut pouvoir suivre une chaîne complète : base juridique → responsable → déploiement → indicateur → contrôle indépendant → réexamen. Le plan ci-dessous constitue une grille d'exécution à adapter au texte juridique final ; il ne remplace pas l'expertise légistique article par article.

1. Acte à préparer

Loi lorsque droits, garanties ou accès aux données changent ; décret, référentiel, marché public et clauses contractuelles pour l'architecture opérationnelle.

2. Responsable identifiable

Ministère porteur, DINUM/ANSSI ou autorités sectorielles, DPO, RSSI, acheteurs et métiers utilisateurs.

3. Preuve de déploiement

Cas d'usage autorisés, données qualifiées, contrôle humain, cybersécurité, réversibilité, journalisation et procédure d'incident testés.

4. Preuve de résultat

Le contrôle doit privilégier taux d’erreur, faux positifs, contrôle humain, cybersécurité et coût total. Une activité administrative ou un budget consommé n'est qu'un moyen : le résultat doit être observable sur le périmètre annoncé.

Calendrier de preuve : quatre rendez-vous obligatoires

J0 — référenceArchiver la situation avant réforme : texte applicable, coût, effectifs, volume traité, délai et qualité lorsque ces données existent. Sans état initial, aucun avant/après n'est sérieux.
6 mois — déploiementVérifier que les actes nécessaires sont publiés, que les responsables sont nommés, que les outils et crédits existent réellement et que l'ancien dispositif n'est pas maintenu en doublon sans justification.
18 mois — premiers effetsComparer l'indicateur principal avec la baseline, isoler les coûts de transition et publier les écarts entre la trajectoire annoncée et la réalisation.
36 mois — réexamenDécider de maintenir, corriger, amplifier ou arrêter le dispositif. Une mesure qui ne produit pas l'effet documenté doit pouvoir être révisée sans attendre la fin d'un quinquennat.

Test anti-illusion

Convertir un pourcentage d'automatisation ou de temps libéré en économie budgétaire sans démontrer qu'un coût disparaît réellement. Pour cette mesure, le dossier de contrôle doit donc publier au minimum la donnée de départ, la date d'effet, le coût de transition, le résultat observé et l'explication de l'écart.

Grille d'audit en 8 questions
  1. Quel texte précis autorise ou impose la réforme ?
  2. Quelle autorité est responsable de chaque étape et à quelle date ?
  3. Quelle valeur de référence est figée avant la mise en œuvre ?
  4. Quel indicateur mesure le résultat plutôt que l'activité ?
  5. Quels coûts nouveaux, coûts de transition ou transferts doivent être déduits du gain brut ?
  6. Quelle donnée permet de détecter un effet indésirable ou un contournement ?
  7. Qui vérifie les chiffres indépendamment du service qui met en œuvre la mesure ?
  8. Quelle clause permet de corriger ou d'arrêter la mesure si les résultats ne sont pas au rendez-vous ?

Contrat de mesure · mesure 9.06

Comment savoir objectivement si cette mesure fonctionne ?

Le résultat doit être défini avant l’entrée en vigueur. Le principe est simple : un même indicateur, une même unité, un même périmètre et une même méthode doivent être conservés entre la baseline et les contrôles ultérieurs. Si la méthode change, la rupture de série doit être publiée.

Indicateur principal

Qualité, temps utile et sécurité

Unité : % + heures + €.

Fréquence

mensuelle / trimestrielle.

La périodicité ne doit pas être modifiée simplement parce qu’un résultat devient défavorable.

Producteur / preuve

service métier / DINUM / ANSSI.

Le fichier source, sa date et sa version doivent rester auditables.

Calcul à figer

gain utile net après erreurs, contrôle humain et coût total

Le numérateur, le dénominateur et les exclusions doivent être documentés avant J0. Une série recalculée après coup doit conserver l’ancienne version ou expliciter la rupture.

Objectif vérifiable

À figer avant J0 dans le texte d’application ou la décision de pilotage ; il est interdit de modifier la cible après observation des résultats.

Règle de gouvernance : la cible, la tolérance et le calendrier sont enregistrés avant le lancement. Ils ne sont pas réécrits a posteriori pour transformer un échec en réussite.

Indicateur garde-fou

faux positifs, incidents, dépendance fournisseur. Une amélioration du KPI principal ne suffit pas si elle est obtenue au prix d’une dégradation majeure de ce garde-fou.

Règle de verdict PASS / À RÉVISER / FAIL
  • PASS : objectif préenregistré atteint dans le délai prévu et garde-fou respecté.
  • À RÉVISER : progression réelle mais cible non atteinte, coût de transition supérieur à l’hypothèse ou effet indésirable corrigeable.
  • FAIL : absence d’amélioration démontrable, résultat obtenu par déplacement du coût/problème, rupture méthodologique non documentée ou dégradation majeure du garde-fou.

Cadre actuel : l’IA est déjà utilisée à la DGFiP

La DGFiP utilise déjà des outils d’analyse de données pour orienter une partie des contrôles fiscaux, notamment le programme CFVR, et le programme Foncier innovant pour détecter certaines anomalies à partir d’images aériennes. Les dossiers signalés restent examinés par des agents avant la suite du contrôle. La mesure doit donc partir de cet existant au lieu de présenter l’IA comme une capacité entièrement nouvelle.

Source primaire : ministère de l’Économie — usage de l’IA dans la lutte contre la fraude. Source de comparaison : Cour des comptes — déploiement de l’IA dans un opérateur public.

Chiffrage prudent et propriété budgétaire

Cette fiche ne consolide aucune économie autonome : contribution consolidable 0 €. Les gains éventuellement observés appartiennent aux chaînes de contrôle et de recouvrement déjà décrites ailleurs ; les additionner ici créerait un double compte. La propriété opérationnelle est celle de la DGFiP, mais le grand livre conserve cette ligne comme domaine de déploiement non additif.