Inventaire
Registre public des textes obsolètes, redondants ou contradictoires.
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David Salvan : Récits, analyses et propositions
Le nettoyage législatif n’est pas un grand effacement automatique. Il s’agit d’un programme permanent de simplification qui classe chaque règle, mesure ses effets et choisit le bon véhicule juridique.
Une mission de nettoyage législatif ne peut pas supprimer indistinctement des textes. Elle doit d’abord déterminer si la règle relève de la loi, du domaine réglementaire, du droit de l’Union européenne, d’une convention internationale ou d’un droit individuel déjà acquis.
Registre public des textes obsolètes, redondants ou contradictoires.
Identification du niveau de norme et de l’autorité compétente.
Analyse des droits, coûts, collectivités, entreprises et agents.
Avis obligatoires et dialogue avec les parties concernées.
Loi, ordonnance, décret, arrêté ou simple abrogation réglementaire.
Publication des résultats, recours, économies et effets indésirables.
| Situation | Outil probable |
|---|---|
| Règle réglementaire devenue inutile | Décret ou arrêté d’abrogation |
| Disposition de forme législative relevant en réalité du règlement | Déclassement selon l’article 37, puis décret |
| Règle appartenant au domaine de la loi | Loi de simplification |
| Réécriture rapide d’un ensemble législatif précisément délimité | Loi d’habilitation puis ordonnance |
| Réorganisation sans changement des droits législatifs | Décret d’organisation et arrêtés |
Mission placée auprès du Premier ministre, soutenue par le Secrétariat général du Gouvernement.
Juristes, administrations métiers, budget, données, collectivités et représentants des usagers.
Premier inventaire à soixante jours, puis paquets semestriels pendant cinq ans.
Pour chaque proposition : texte visé, justification, consultation, coût, risque et véhicule juridique.
La première difficulté n’est pas de repérer une règle ancienne : c’est de savoir qui a juridiquement le pouvoir de la modifier. Un article législatif, un décret, un arrêté, une disposition réglementaire contenue dans un texte de forme législative, une transposition du droit de l’Union et une règle issue d’un engagement international ne suivent pas la même procédure. Le registre de nettoyage doit donc comporter, pour chaque ligne, le niveau de norme, l’autorité compétente, les textes liés et l’existence éventuelle de droits déjà constitués.
Cette qualification évite deux erreurs opposées. La première consiste à promettre une suppression par décret alors qu’une intervention du législateur est nécessaire. La seconde consiste à encombrer le Parlement avec des dispositions qui pourraient être simplifiées dans le domaine réglementaire. L’article 37 de la Constitution et, lorsqu’elle est pertinente, la procédure de déclassement deviennent ainsi des outils de méthode plutôt que des références décoratives.
Supprimer une règle peut réduire un coût administratif tout en en créant un autre. Une autorisation supprimée peut accélérer un projet mais déplacer le contrôle vers l’inspection ; une obligation déclarative fusionnée peut réduire le nombre de formulaires tout en exigeant une meilleure interconnexion informatique. Chaque proposition significative doit donc décrire la situation avant réforme, le contrôle qui disparaît, le contrôle qui subsiste et l’acteur qui supporte le risque résiduel.
| Champ | Contenu attendu |
|---|---|
| Règle visée | référence exacte, niveau de norme et autorité compétente |
| Charge supprimée | temps, document, délai ou coût directement attribuable à la règle |
| Droit protégé | sécurité, santé, environnement, égalité, recours ou autre intérêt à maintenir |
| Contrôle de remplacement | aucun, contrôle a posteriori, contrôle ciblé ou procédure numérique |
| Mesure après réforme | délai, taux d’erreur, contentieux, coût administratif et satisfaction usager |
Le programme peut être organisé par vagues semestrielles. Les premiers mois servent à construire l’inventaire et à supprimer les règles manifestement obsolètes ; les vagues suivantes traitent des ensembles plus complexes où plusieurs codes, administrations ou niveaux de collectivités interagissent. Chaque vague doit être assez petite pour être relue sérieusement et assez importante pour produire un effet visible.
Le bilan annuel doit distinguer nombre de dispositions supprimées, nombre de formulaires ou obligations réellement éliminés, temps administratif estimé puis observé, nouveaux contentieux éventuels et économies budgétaires effectivement constatées. Compter uniquement les articles abrogés encouragerait la suppression de textes faciles mais sans effet réel.
Le nettoyage législatif devient alors une politique de qualité du droit. Son succès ne se mesure pas au poids du Journal officiel, mais à la disparition de démarches inutiles sans recul des protections que la règle devait assurer.
Le nettoyage législatif consiste à retirer, fusionner ou clarifier des règles devenues inutiles, redondantes ou contradictoires. Il ne s’agit pas de supprimer des protections au hasard mais de réduire la complexité lorsque plusieurs textes couvrent le même objet ou lorsqu’une règle n’a plus d’effet utile.
La simplification du droit est un chantier ancien : codification, études du Conseil d’État, lois de simplification et programmes interministériels ont déjà tenté de réduire la complexité normative. Le problème récurrent est qu’une vague de simplification peut être suivie de nouvelles normes. La proposition ajoute donc une revue périodique et un compteur public des règles supprimées, fusionnées et créées.
Source secondaire : Conseil d’État — Simplification et qualité du droit.
La difficulté n’est pas seulement quantitative. Supprimer un texte très court peut n’apporter aucun gain si dix circulaires, formulaires et logiciels continuent à appliquer l’ancienne procédure. La revue doit donc partir des démarches vécues par l’usager et remonter vers les normes qui les imposent. Chaque suppression doit être accompagnée d’une cartographie de ses effets : formulaire retiré, contrôle modifié, système d’information mis à jour, formation adaptée et date d’extinction de l’ancienne règle.
La méthode doit aussi empêcher les déplacements de complexité. Une obligation nationale supprimée mais remplacée par plusieurs règles locales peut accroître le coût total de conformité. Inversement, une règle nationale unique peut parfois remplacer de nombreuses procédures dispersées. Le bon indicateur est donc le coût de compréhension et d’exécution pour l’usager et l’administration, pas seulement le nombre de pages du Journal officiel.
Enfin, la mission doit publier les textes qu’elle propose de supprimer avec un délai de contradictoire permettant aux administrations, juridictions, collectivités, entreprises et associations de signaler une fonction oubliée. Une abrogation devient définitive seulement après vérification que la mission nécessaire est reprise ailleurs ou explicitement abandonnée.
Si une revue générale quinquennale est trop lourde, concentrer la première vague sur trois corpus à forte complexité mesurée par contentieux, nombre de pièces demandées et délais. Le dispositif peut ensuite s’étendre à partir des résultats observés.
Mesurer le nombre de règles effectivement abrogées, les formulaires supprimés, le temps moyen d’une démarche, les contentieux d’interprétation et les réintroductions de normes équivalentes. Une suppression purement nominale sans effet sur les démarches ne doit pas être comptée comme résultat.