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02 — Administration · Mesure 2.04 · 24 / 155

Nettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative

Transformer la simplification en chantier mesurable : inventaire, abrogation des textes morts, consolidation, évaluation des charges et publication d’un tableau de bord annuel.

Bible France · chapitre documentaireMise à jour : 12 août 2026Sources primaires prioritaires
Mesure 2.04 — Nettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative
Lecture visuelle spécifique à la mesure 2.04

En 30 secondes

Situation actuelleTransformer la simplification en chantier mesurable : inventaire, abrogation des textes morts, consolidation, évaluation des charges et publication d’un tableau de bord annuel.
PropositionNettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative
VéhiculeMission interministérielle placée auprès du Premier ministre/SGG, programme annuel de lois, ordonnances et décrets de simplification.
Effet financierLa cible historique de 8 à 12 milliards d’euros par an doit rester un objectif du Plan tant qu’un protocole de mesure des charges évitées n’en établit pas le montant.
Statut des donnéesÉlevée sur les bases juridiques et la méthode ; aucun montant budgétaire retenu tant que l’assiette et les coûts de substitution ne sont pas consolidés.
DifficultéUne norme supprimée peut être remplacée par trois guides, formulaires ou obligations de preuve : le compteur doit mesurer la charge, pas seulement les textes.

Le problème n’est pas seulement le nombre de textes

Le Conseil d’État constate depuis longtemps que la qualité du droit se dégrade lorsque les normes s’accumulent, se superposent et deviennent instables. Son étude sur la simplification recommande de maîtriser la production normative et d’améliorer l’application de la norme, plutôt que de considérer chaque nouvelle procédure comme une solution. [1]

Le chantier de codification du code général de la fonction publique donne un exemple concret : la codification peut fusionner des dispositions, abroger des textes obsolètes et rendre le droit plus intelligible sans nécessairement modifier les droits substantiels. La mission de cinq ans doit donc combiner abrogation, consolidation et réécriture lisible. [2]

Mesurer avant d’abroger

Chaque ministère doit fournir une cartographie des obligations qu’il impose : textes, formulaires, déclarations, contrôles, pièces justificatives, fréquences et population concernée. La mission classe ensuite chaque obligation selon quatre issues : maintenir, simplifier, fusionner ou supprimer. Une mesure n’est considérée comme supprimée que si les systèmes et procédures correspondants disparaissent aussi ; sinon le droit change mais la charge administrative reste.

Le tableau de bord doit mesurer les délais, le nombre d’étapes, le volume de données demandées, les coûts informatiques et le temps consacré par les usagers, entreprises, collectivités et agents. Cette méthode empêche le gouvernement d’annoncer mille suppressions portant sur des dispositions minuscules tout en créant une nouvelle obligation très lourde.

Ne pas confondre codification et réduction des droits

Légifrance recense actuellement 76 codes en vigueur lorsque le filtre est limité aux codes applicables. Ce chiffre est supérieur à la référence historique de 69 utilisée par le Plan et doit donc être actualisé dans le chantier. [3] La consolidation ne signifie pas qu’il faudrait faire disparaître des pans du droit : plusieurs codes peuvent être regroupés ou réorganisés sans supprimer les protections qu’ils contiennent.

La mission doit publier pour chaque opération une table de concordance ancienne/nouvelle numérotation, une justification des abrogations et un délai de stabilité. Les professions et services qui utilisent quotidiennement le texte doivent pouvoir retrouver une règle sans dépendre d’un moteur de recherche ou d’une doctrine non opposable. La qualité du droit se mesure aussi à cette continuité d’usage.

Rendre le programme falsifiable chaque année

Le Conseil d’État a déjà travaillé sur des indicateurs permettant de mesurer l’inflation normative, précisément parce qu’un phénomène souvent dénoncé doit être documenté. [4] la présente édition reprend cette philosophie : bilan annuel public, stock de textes, flux créé/supprimé, volume d’articles modifiés, stabilité et estimation des charges.

La cible financière de 8 à 12 milliards d’euros par an ne peut pas être reprise comme un rendement garanti. Elle doit être reconstruite domaine par domaine : heures économisées, coûts de conformité évités, dépenses administratives supprimées et gains de délai. Le montant net n’est consolidé que lorsque ces effets sont observables et qu’ils ne correspondent pas à une charge déplacée vers un autre acteur.

Construire une chaîne de simplification qui résiste au retour des normes

Un nettoyage sur cinq ans doit fonctionner comme une chaîne éditoriale du droit : inventaire, qualification de la norme, identification de son objectif, mesure de son usage, consultation des administrations et usagers, puis abrogation, fusion ou réécriture. Le Conseil d'État insiste régulièrement sur la qualité et l'intelligibilité du droit ; cette doctrine doit guider la sélection plutôt qu'un objectif spectaculaire de pages supprimées. [1] Le programme doit aussi distinguer les textes obsolètes, les doublons, les obligations européennes, les protections substantielles et les simples modalités procédurales.

La codification fournit un précédent utile : regrouper des règles peut améliorer l'accès sans modifier immédiatement leur substance. L'expérience du Code général de la fonction publique rappelle cependant qu'une opération de codification demande un travail juridique long, des tables de concordance et une gestion des renvois. [2] La liste Légifrance des codes en vigueur montre par ailleurs que le droit positif évolue continuellement ; le chantier ne doit donc pas figer un nombre historique comme s'il était immuable. [3]

Le résultat annuel doit être falsifiable. Pour chaque famille de normes, le Parlement devrait recevoir le nombre d'obligations créées et supprimées, le temps administratif estimé avant/après, les contentieux apparus, les corrections nécessaires et les secteurs où la simplification n'a produit aucun gain. Les travaux du Conseil d'État sur l'inflation normative peuvent servir de cadre méthodologique à ce suivi. [4] Sans cette mesure de charge, une baisse du nombre de textes pourrait masquer des obligations plus lourdes concentrées dans moins d'articles.

Nettoyage législatif : mesurer la charge avant de supprimer le texte
Schéma opérationnel : les étapes sont propres à la mesure 2-04 et doivent être vérifiées avant la bascule.

Mise en œuvre opérationnelle : du principe au dossier exécutable

La mission ne doit pas être évaluée au nombre de pages du Journal officiel supprimées. Une norme peut être longue et utile, une autre courte et extrêmement coûteuse. Le programme doit donc commencer par un inventaire de la charge : formalités exigées, temps agent, temps entreprise ou citoyen, fréquence des contrôles, contentieux associés et dépendances avec d’autres textes. Ce n’est qu’après cette cartographie qu’un texte peut être classé comme obsolète, redondant, contradictoire ou simplement mal rédigé.

Chaque lot de simplification doit être accompagné d’un tableau avant/après lisible : obligation supprimée, bénéficiaires, risque créé par l’abrogation, dispositions de remplacement éventuelles et date d’évaluation. La codification à droit constant doit être distinguée d’une réforme substantielle : regrouper des règles ne produit pas la même économie que supprimer une formalité. Cette distinction empêchera d’afficher comme économie ce qui n’est qu’une amélioration de lisibilité.

Plan A, Plan B, Plan C : continuer même si la voie principale bloque

Plan A

Programme législatif quinquennal avec lots annuels, études d’impact simplifiées et vote des suppressions ou réécritures nécessaires.

Plan B

Lorsque la loi n’est pas nécessaire, utiliser le pouvoir réglementaire pour supprimer procédures, formulaires ou décrets devenus inutiles, sans attendre un texte omnibus.

Plan C

À défaut de suppression, instaurer clauses de réexamen, dates d’extinction et évaluation de charge pour empêcher l’accumulation future.

Le repli doit rester fidèle à l’objectif sans prétendre que le véhicule principal a été adopté. Une mission de nettoyage législatif ne peut pas recevoir comme objectif principal « supprimer le plus de textes possible ». Les étapes autonomes juridiquement et budgétairement sont donc exécutées en premier ; le solde est représenté seulement après mesure des effets, avec publication des transferts de coûts et des éventuelles dégradations de service.

Indicateurs, coût net et preuve de réussite

Le Plan historique rattache un potentiel économique élevé à la simplification, mais ce potentiel n’est pas traité comme une économie budgétaire certaine. Le socle prudent autonome reste zéro tant qu’une ligne de dépense ou de recette n’est pas reliée à une suppression identifiée. Les indicateurs sont heures de formalité évitées, délais, nombre de pièces demandées, volume de contentieux et coût administratif interne. La valeur économique peut être publiée séparément lorsque les hypothèses sont reproductibles.

Preuve au point d’usage : Légifrance — service public de diffusion du droit ↗

Preuve au point d’usage : Conseil d’État — simplification et qualité du droit ↗

Règle de chiffrage

Économie nette annuelle= coûts effectivement supprimés − coûts transférés − nouveaux coûts récurrents

La cible historique de 8 à 12 milliards d’euros par an doit rester un objectif du Plan tant qu’un protocole de mesure des charges évitées n’en établit pas le montant.

Le coût de transition — migrations, formation, immobilier, indemnités ou double fonctionnement — est publié séparément et n’est jamais masqué dans l’économie annuelle.

Nettoyage législatif : retirer des obligations inutiles sans rendre le droit imprévisible

Un inventaire des normes doit mesurer la charge, pas seulement compter les textes

Le nombre de lois, décrets ou articles ne suffit pas à mesurer la complexité. Une obligation courte peut coûter beaucoup plus qu’un chapitre entier de règles stables. Le programme de cinq ans doit donc associer à chaque norme un objet, un public concerné, une fréquence d’application, une charge administrative estimée et les textes dont elle dépend.

Le référentiel proposé par le Conseil d’État sur l’inflation normative fournit une logique utile : suivre le flux de production, la stabilité des normes et leur origine. L’analyse doit aller plus loin en rapprochant ces indicateurs des coûts de conformité et du nombre de démarches réellement supprimées.

Abroger, consolider ou réécrire : trois opérations différentes

Une abrogation supprime une règle ; une consolidation regroupe des règles dispersées ; une réécriture peut simplifier le vocabulaire sans réduire les obligations. Les résultats doivent être comptés séparément pour éviter d’annoncer une baisse spectaculaire du nombre de textes alors que la charge pesant sur l’usager reste inchangée.

Chaque chantier thématique devrait publier une table de correspondance avant/après. Cela permet aux juristes, entreprises et administrations de savoir où a migré une règle et d’éviter les périodes de vide ou de contradiction.

La stabilité après simplification est une condition de réussite

Une norme supprimée puis recréée deux ans plus tard sous une autre forme annule une partie du bénéfice attendu. Le programme doit donc instaurer un suivi sur cinq ans de la charge réintroduite, avec examen obligatoire lorsque le même domaine connaît de nouvelles obligations.

Le succès ne se mesure pas seulement au volume du Journal officiel : il se mesure au temps gagné pour accomplir une démarche, au nombre de pièces supprimées, à la diminution des contentieux d’interprétation et à la capacité des acteurs à connaître la règle applicable sans assistance excessive.

Cette mesure dans le système

La mesure 2.04 prépare directement 2.05 et 2.06 : nettoyer les normes, limiter leur flux futur et réorganiser les codes sont trois opérations différentes mais interdépendantes. Le registre commun doit indiquer si une règle est supprimée, simplifiée, déplacée ou recodifiée ; sinon une même modification pourrait être revendiquée trois fois comme résultat du Plan alors qu’elle ne produit qu’un seul effet pour l’usager.

Approfondissement : Nettoyer le droit par charge normative et incohérence, pas par volume de pages

Une mission de nettoyage législatif ne peut pas recevoir comme objectif principal « supprimer le plus de textes possible ». Certains textes courts peuvent imposer une charge importante ; un code long peut au contraire sécuriser des droits. La méthode classe les normes selon leur utilité, leurs chevauchements, leur obsolescence, le coût de conformité et les contradictions.

Chaque suppression vérifie les renvois et le droit européen afin d’éviter des vides juridiques. Les administrations et professions concernées peuvent signaler des doublons documentés. Le bilan publie non seulement le nombre de textes modifiés, mais les procédures supprimées, formulaires retirés, délais raccourcis et heures de conformité évitées. L’économie budgétaire n’est reconnue que lorsque cette simplification réduit réellement une dépense publique ou un besoin de personnel.

Nettoyer le droit sans mesurer la réussite au nombre de textes supprimés

Supprimer cent textes courts et ajouter un décret de deux cents pages serait un échec malgré un compteur apparemment favorable. La mission doit donc mesurer la charge normative : formalités, pièces demandées, délais, saisies répétées, autorisations successives et coûts de conformité. Un texte n’est supprimé que si sa fonction est reprise de manière plus simple ou si elle n’est plus nécessaire. La simplification ne doit pas affaiblir sans analyse une protection sanitaire, environnementale, sociale ou juridictionnelle.

Chaque chantier de nettoyage doit publier un avant/après : nombre d’étapes, délais théoriques et observés, données exigées, administration responsable et voies de recours. Ce registre rend la réforme contestable et vérifiable. Il permet aussi de distinguer la simplification à droit constant, qui peut avancer rapidement, des modifications de fond qui nécessitent un arbitrage politique ou parlementaire.

Approfondissement : nettoyer le droit par cycles sans produire d’insécurité juridique

Une règle ancienne n’est pas nécessairement une règle inutile

La revue quinquennale doit cibler les textes devenus obsolètes, redondants, contradictoires ou jamais utilisés, mais elle ne peut pas reposer sur l’âge comme critère de suppression. Certaines règles anciennes restent fondamentales. Chaque proposition d’abrogation doit donc indiquer l’objet du texte, son usage récent, les normes qui couvrent déjà le même besoin et les effets possibles de sa disparition. L’absence d’application peut être un signal, pas une preuve suffisante.

Créer un indice de priorité d’examen

Un score peut combiner P = O + R + C + U, où P est la priorité de revue, O l’obsolescence technique, R la redondance, C le niveau de contradiction avec d’autres textes et U la faible utilisation. Le symbole + signifie « additionner ». Les critères doivent être documentés et conduire à une expertise juridique, non à une suppression automatique.

Prévoir une procédure contradictoire

Les administrations, juridictions, professions et usagers concernés doivent pouvoir signaler une fonction méconnue du texte avant son abrogation. Les propositions sont publiées par lots avec une période de réponse. Les normes fiscales, pénales, sociales ou de sécurité nécessitent un niveau d’examen renforcé. Les textes réellement inutiles peuvent ensuite être regroupés dans des lois de simplification lisibles, plutôt que mélangés à des réformes substantielles.

Mesurer la simplification réellement ressentie

Le nombre de textes abrogés n’est pas un indicateur suffisant. Il faut suivre le volume de prescriptions effectivement supprimées, les formulaires ou procédures éliminés, les contentieux liés à l’abrogation et le temps gagné pour les usagers et agents. Une revue quinquennale réussie réduit la complexité d’usage, pas seulement le nombre de lignes dans une base juridique.

Notes et sources

  1. Conseil d’État — Simplification et qualité du droit — source primaire/institutionnelle utilisée pour le cadre de la mesure.
  2. DGAFP — Code général de la fonction publique et codification — source primaire/institutionnelle utilisée pour le cadre de la mesure.
  3. Légifrance — liste des codes en vigueur — source primaire/institutionnelle utilisée pour le cadre de la mesure.
  4. Conseil d’État — Mesurer l’inflation normative — source primaire/institutionnelle utilisée pour le cadre de la mesure.

Pour approfondir

Les ouvrages prolongent le programme mais ne remplacent jamais les sources primaires citées dans le chapitre.

Couverture IA : comment transformer la France

IA : comment transformer la France

Cas d’usage, automatisation et contrôle humain dans les services publics.

Données publiques de référence · millésime 2024

Administration : 5,85 millions d’agents publics constituent le point de départ, pas une économie potentielle

Avant de discuter la mesure 2.04, on fixe un ordre de grandeur national provenant d'une source publique. Il ne s'agit ni du coût ni de l'économie annoncée par la mesure : c'est une baseline indépendante à partir de laquelle le lecteur peut contrôler les ordres de grandeur.

Fonction publique5,85 millions d’agentsau 31 décembre 2024
Évolution annuelle+37 000 agents, soit +0,6 %par rapport à fin 2023

Calcul de contrôle : 37 000 ÷ 5 850 000 × 100 ≈ 0,63 %, cohérent avec l’ordre de grandeur officiel de +0,6 %.

Ce que ce chiffre ne permet pas de conclure : Ce stock d’agents ne peut jamais être multiplié par un taux générique de « simplification » pour produire une économie. Il faut identifier les missions, les postes, les coûts réellement supprimés et les coûts de transition.

Application à « Nettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative » : utiliser ce repère pour vérifier le dénominateur, le calendrier et l'ordre de grandeur de la proposition. Toute estimation propre à cette mesure doit ensuite être sourcée séparément et ne doit jamais être remplacée par la statistique nationale ci-dessus.

Règle de mise à jour : conserver le millésime et la date de publication. Lorsqu'une nouvelle édition officielle paraît, mettre à jour la donnée sans réécrire rétroactivement ce qui était connu au millésime précédent.

Atelier citoyen de vérification · mesure 2.04

Passer de la proposition à la preuve : comment auditer cette mesure soi-même

La question n'est pas seulement de savoir si « Nettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative » paraît souhaitable. Il faut pouvoir montrer, chiffres et droit à l'appui, ce qui change réellement entre la situation de départ et la situation après mise en œuvre. Cette grille transforme la page en exercice de contrôle : le lecteur doit être capable de retrouver le dénominateur, le calendrier, le coût net, le véhicule juridique et le critère qui permettrait de conclure que la mesure fonctionne réellement.

1. Établir la situation de départ

Domaine : Administration. Relever avant toute réforme les données portant sur délais, volumes traités, effectifs, qualité de service et coût de transition. Pour chaque chiffre, noter l'année, l'unité, le périmètre, la source primaire et la fréquence de mise à jour. Un chiffre sans dénominateur ou sans date ne permet pas de mesurer un progrès.

Une simplification n'est réelle que si une étape, un délai, une formalité ou un coût disparaît effectivement pour l'usager et pour l'administration.

2. Refaire le calcul ou le test principal

Effet net = résultat observé après réforme − trajectoire de référence comparable

Définir une situation de référence, une date de départ, un périmètre et un indicateur vérifiable. Sans contrefactuel ou comparaison crédible, une évolution après réforme ne prouve pas à elle seule la causalité.

Exercice : reprendre le dernier chiffre officiel cité dans cette page, retrouver sa source d'origine et recalculer le résultat avec les mêmes unités. Si le résultat ne peut pas être reproduit, classer l'affirmation « à documenter » plutôt que « acquise ».

3. Séparer promesse, mise en œuvre et résultat

Construire trois lignes distinctes : ce qui est décidé, ce qui est effectivement déployé et ce qui est observé. Pour « Nettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative », une loi votée, un décret publié ou un budget ouvert ne constituent pas encore le résultat final. Ajouter une date cible, un responsable et un indicateur avant/après.

Exiger aussi un scénario d'échec : retard juridique, résistance opérationnelle, coût de transition supérieur aux prévisions, effet de report vers une autre administration ou comportement d'évitement.

4. Prononcer un verdict révisable

  • PASS : mécanisme documenté, données reproductibles, véhicule juridique crédible, financement et responsable identifiés.
  • À RÉVISER : objectif plausible mais hypothèse, calendrier, coût ou indicateur encore insuffisamment démontré.
  • FAIL : double compte, causalité non démontrée, coût déplacé plutôt que supprimé, ou impossibilité juridique/opérationnelle non traitée.

Le verdict doit pouvoir changer avec une nouvelle donnée : une bonne politique publique est auditable, pas seulement défendable.

Question de maîtrise : si un décideur annonçait demain que cette mesure est « réalisée », quelles trois pièces demanderiez-vous pour vérifier qu'il ne confond pas décision, activité et résultat ? Répondre à cette question sans relire la page constitue le niveau attendu.

Plan d'exécution et de contrôle · mesure 2.04

Qui décide, qui applique et comment prouver que « Nettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative » fonctionne réellement ?

Une mesure n'est pas terminée lorsqu'elle est annoncée, votée ou financée. Pour Nettoyer le droit pendant cinq ans sans créer une nouvelle inflation normative, il faut pouvoir suivre une chaîne complète : base juridique → responsable → déploiement → indicateur → contrôle indépendant → réexamen. Le plan ci-dessous constitue une grille d'exécution à adapter au texte juridique final ; il ne remplace pas l'expertise légistique article par article.

1. Acte à préparer

Loi si une compétence ou une garantie légale change ; décret et arrêtés pour l'organisation ; circulaires seulement pour l'exécution interne. La hiérarchie des normes doit être explicitée.

2. Responsable identifiable

Premier ministre, ministères concernés, préfets et administrations gestionnaires selon le périmètre de la mesure.

3. Preuve de déploiement

Processus cible documenté, services responsables désignés, systèmes d'information adaptés et ancien processus effectivement retiré lorsqu'il doit disparaître.

4. Preuve de résultat

Le contrôle doit privilégier délai, coût complet, nombre d'étapes, satisfaction usager et charge de travail mesurés avant/après sur le même périmètre. Une activité administrative ou un budget consommé n'est qu'un moyen : le résultat doit être observable sur le périmètre annoncé.

Calendrier de preuve : quatre rendez-vous obligatoires

J0 — référenceArchiver la situation avant réforme : texte applicable, coût, effectifs, volume traité, délai et qualité lorsque ces données existent. Sans état initial, aucun avant/après n'est sérieux.
6 mois — déploiementVérifier que les actes nécessaires sont publiés, que les responsables sont nommés, que les outils et crédits existent réellement et que l'ancien dispositif n'est pas maintenu en doublon sans justification.
18 mois — premiers effetsComparer l'indicateur principal avec la baseline, isoler les coûts de transition et publier les écarts entre la trajectoire annoncée et la réalisation.
36 mois — réexamenDécider de maintenir, corriger, amplifier ou arrêter le dispositif. Une mesure qui ne produit pas l'effet documenté doit pouvoir être révisée sans attendre la fin d'un quinquennat.

Test anti-illusion

Ajouter un guichet, un logiciel ou une couche de coordination sans supprimer l'ancienne procédure et présenter l'activité nouvelle comme une simplification. Pour cette mesure, le dossier de contrôle doit donc publier au minimum la donnée de départ, la date d'effet, le coût de transition, le résultat observé et l'explication de l'écart.

Grille d'audit en 8 questions
  1. Quel texte précis autorise ou impose la réforme ?
  2. Quelle autorité est responsable de chaque étape et à quelle date ?
  3. Quelle valeur de référence est figée avant la mise en œuvre ?
  4. Quel indicateur mesure le résultat plutôt que l'activité ?
  5. Quels coûts nouveaux, coûts de transition ou transferts doivent être déduits du gain brut ?
  6. Quelle donnée permet de détecter un effet indésirable ou un contournement ?
  7. Qui vérifie les chiffres indépendamment du service qui met en œuvre la mesure ?
  8. Quelle clause permet de corriger ou d'arrêter la mesure si les résultats ne sont pas au rendez-vous ?

Contrat de mesure · mesure 2.04

Comment savoir objectivement si cette mesure fonctionne ?

Le résultat doit être défini avant l’entrée en vigueur. Le principe est simple : un même indicateur, une même unité, un même périmètre et une même méthode doivent être conservés entre la baseline et les contrôles ultérieurs. Si la méthode change, la rupture de série doit être publiée.

Indicateur principal

Stock normatif opposable

Unité : nombre de normes/pages/obligations selon corpus figé.

Fréquence

trimestrielle.

La périodicité ne doit pas être modifiée simplement parce qu’un résultat devient défavorable.

Producteur / preuve

Légifrance / SGG / ministère porteur.

Le fichier source, sa date et sa version doivent rester auditables.

Calcul à figer

stock Jt = stock Jt−1 + créations − suppressions effectives

Le numérateur, le dénominateur et les exclusions doivent être documentés avant J0. Une série recalculée après coup doit conserver l’ancienne version ou expliciter la rupture.

Objectif vérifiable

À figer avant J0 dans le texte d’application ou la décision de pilotage ; il est interdit de modifier la cible après observation des résultats.

Règle de gouvernance : la cible, la tolérance et le calendrier sont enregistrés avant le lancement. Ils ne sont pas réécrits a posteriori pour transformer un échec en réussite.

Indicateur garde-fou

accessibilité du droit, contentieux, réintroductions de normes équivalentes. Une amélioration du KPI principal ne suffit pas si elle est obtenue au prix d’une dégradation majeure de ce garde-fou.

Règle de verdict PASS / À RÉVISER / FAIL
  • PASS : objectif préenregistré atteint dans le délai prévu et garde-fou respecté.
  • À RÉVISER : progression réelle mais cible non atteinte, coût de transition supérieur à l’hypothèse ou effet indésirable corrigeable.
  • FAIL : absence d’amélioration démontrable, résultat obtenu par déplacement du coût/problème, rupture méthodologique non documentée ou dégradation majeure du garde-fou.

En clair : nettoyer le droit sans promettre une économie fictive

Cette mesure vise à identifier des textes devenus inutiles, contradictoires ou redondants, puis à les abroger ou les consolider selon une méthode régulière. Le bénéfice attendu porte d’abord sur la lisibilité du droit, les délais de traitement et les coûts de conformité. Tant qu’une suppression précise de crédits, de postes ou de dépenses n’est pas documentée, ces gains ne doivent pas être transformés en euros budgétaires.

Repère historique et juridique

La simplification et la qualité du droit constituent un chantier ancien de l’État. Le Conseil d’État a consacré une étude annuelle à la simplification et à la qualité du droit ; Légifrance permet d’identifier les codes et textes en vigueur. La mesure Delta-Sierra s’inscrit donc dans une continuité de politique publique, mais propose une périodicité et un suivi plus systématiques.

Source secondaire : Conseil d’État — Simplification et qualité du droit. Source primaire : Légifrance — codes en vigueur.

Chiffrage, propriété budgétaire et coûts de transition

Le propriétaire administratif est le Gouvernement avec l’appui du Secrétariat général du Gouvernement, des ministères et des services juridiques compétents. Le coût de transition comprend l’inventaire, l’expertise juridique, la consultation et la mise à jour des systèmes documentaires. L’économie brute consolidable est fixée à 0 € ; l’économie nette année 1 est 0 € et l’économie nette de croisière est 0 € tant qu’une dépense effectivement supprimée n’est pas identifiée. Le calcul est donc : 0 − coûts non consolidés + gains de temps non monétisés = 0 € d’économie budgétaire autonome.

Scénario de repli

Si une revue générale tous les cinq ans devient trop lourde, le dispositif peut être limité aux corpus les plus volumineux ou aux domaines où les textes contradictoires sont objectivés par les juridictions, administrations et usagers. La règle de prudence reste la même : aucun gain de temps ne devient automatiquement une économie budgétaire.