Mesure 7.05 · synthèse absolue
En trois paragraphes : pourquoi, ce que cela apporte, et comment on le fait
Pourquoi. ASTRID n’est plus un chantier actif : le CEA a conduit le projet de 2010 à 2019 et la réalisation du démonstrateur a été reportée. Les compétences, études et plateformes acquises restent cependant une base stratégique pour les réacteurs rapides.
Effet concret. La mesure est un investissement de souveraineté, pas une économie annuelle. Delta-Sierra comptabilise zéro euro d’économie autonome et propose un financement par tranches, chaque jalon devant justifier la poursuite du programme.
Exécution et repli. Plan A : R&D puis nouveau démonstrateur après décision documentée. Plan B : conserver les compétences et essais si le démonstrateur est repoussé. Plan C : transférer les acquis vers une autre technologie rapide si elle devient plus pertinente, sans défendre le sodium par inertie institutionnelle.
ASTRID doit être traité comme un programme technologique à jalons, non comme une centrale commerciale déjà disponible. Le dossier distingue recherche, démonstrateur, qualification des matériaux, cycle du combustible, sûreté et éventuelle industrialisation. Chaque passage de phase dépend d’indicateurs techniques publiés plutôt que d’un calendrier politique intangible.
1 — ASTRID : dire exactement ce qui existe et ce qui n’existe plus
ASTRID n’est pas un réacteur en construction qu’il suffirait de « redémarrer ». Le CEA décrit ASTRID comme un projet français de démonstrateur de réacteur à neutrons rapides refroidi au sodium conduit de 2010 à 2019. Le projet a pris fin en 2019 après une décision de report de la réalisation du démonstrateur. Trois grandes configurations ont été étudiées : ASTRID 600 vapeur, ASTRID 600 gaz et New ASTRID, aussi appelé ASTRID 150, à environ 150 mégawatts électriques. Cette histoire doit être écrite clairement pour éviter de présenter un ancien programme d’ingénierie comme une installation à moitié achevée.
La bonne nouvelle est que dix années de travaux n’ont pas disparu. Le CEA a capitalisé des connaissances sur la sûreté, les matériaux, l’inspection sous sodium, la conception du cœur, la gestion des interfaces et le multirecyclage. La mesure 7.05 devient donc : relancer une feuille de route française sur les réacteurs rapides en réutilisant les acquis ASTRID, puis décider, après jalons, s’il faut construire un nouveau démonstrateur.
2 — Pourquoi les réacteurs rapides restent stratégiques
L’intérêt d’un réacteur à neutrons rapides ne se résume pas à produire un mégawattheure supplémentaire. Cette famille technologique est étudiée pour une utilisation plus durable des matières nucléaires, le multirecyclage du plutonium et des options de gestion de certains éléments à vie longue. Elle peut donc modifier à terme l’équation des ressources et du cycle du combustible. Pour un pays disposant d’un parc nucléaire important, perdre toute compétence dans ce domaine réduirait le nombre d’options disponibles à long terme.
Cette valeur stratégique ne doit pas être confondue avec une rentabilité immédiate. Un démonstrateur est précisément destiné à apprendre : il coûte avant de produire une série industrielle. Delta-Sierra refuse donc d’inscrire une économie annuelle fictive au titre de 7.05. La mesure est un investissement de souveraineté scientifique et industrielle dont le succès se juge d’abord aux compétences, aux essais validés, à la sûreté démontrée et à la capacité de décider ensuite en connaissance de cause.
3 — La proposition : repartir par jalons, pas annoncer immédiatement un réacteur de plusieurs milliards
La relance proposée commence par un programme de trois ans centré sur les briques critiques : comportement du sodium, inspection et maintenance, sûreté passive, matériaux, combustible, simulation, cycle et qualification des composants. À la fin de cette première phase, un dossier public compare plusieurs tailles de démonstrateur et plusieurs objectifs. Le choix d’un ASTRID 600 reconstitué à l’identique ne doit pas être présupposé ; le travail New ASTRID montre déjà qu’un démonstrateur plus petit avait été envisagé.
Le deuxième jalon est une décision parlementaire sur un démonstrateur, avec coût cible, calendrier, maîtrise d’ouvrage, site, partenaires et critères d’arrêt. Le troisième jalon concerne la décision industrielle : aucune série ne doit être engagée tant que le démonstrateur n’a pas produit les résultats attendus. Cette progression transforme un slogan de relance en programme gouvernable et limite le risque de poursuivre un projet uniquement parce que des dépenses importantes ont déjà été engagées.
4 — Financement : traiter le programme comme un investissement, avec une enveloppe arrêtée à chaque jalon
Le Plan ne doit pas annoncer une économie annuelle pour ASTRID. Au contraire, la phase de recherche et un éventuel démonstrateur constituent des dépenses d’investissement. Sans nouvelle décision de programme, sans dimensionnement et sans cahier des charges industriel 2026, donner un coût total unique serait une fausse précision. Delta-Sierra retient donc zéro euro d’économie budgétaire autonome et exige un vote par tranches : R&D, avant-projet, démonstrateur, puis éventuelle série.
Chaque tranche doit rendre visibles les coûts déjà engagés, les cofinancements industriels, les coopérations étrangères, les installations expérimentales réutilisées et la valeur résiduelle des équipements. Le Parlement doit pouvoir arrêter le programme à un jalon sans rendre inutiles toutes les connaissances accumulées. Le coût du démonstrateur ne doit pas non plus être additionné aux économies d’autres mesures : il s’agit d’un investissement stratégique distinct.
5 — Coopération : conserver une capacité française tout en travaillant avec les pays qui développent les mêmes technologies
La souveraineté ne signifie pas l’isolement. Le CEA a construit des coopérations avec le Japon sur les réacteurs rapides et celles-ci se poursuivent. En avril 2026, le CEA indiquait que la coopération franco-japonaise incluait notamment les réacteurs à neutrons rapides refroidis au sodium. Une relance française doit donc identifier ce qui mérite une compétence nationale complète et ce qui peut être développé en partenariat : matériaux, codes de calcul, essais, instrumentation ou retour d’expérience.
Le principe de souveraineté est la réversibilité : ne pas dépendre d’un partenaire unique pour une brique qui empêcherait la France de poursuivre son programme si la coopération s’arrête. À l’inverse, reconstruire nationalement chaque banc d’essai déjà disponible chez un partenaire peut gaspiller du temps et de l’argent. Une matrice « compétence souveraine / compétence partageable » doit accompagner le programme.
6 — Sûreté : le sodium impose des avantages et des contraintes spécifiques
Le sodium possède de bonnes propriétés thermiques mais il est opaque et chimiquement réactif avec l’eau et l’oxygène. Cette réalité interdit de traiter la filière comme une simple extension des réacteurs à eau sous pression. Les programmes ASTRID ont précisément travaillé sur l’inspection, l’évacuation de la puissance résiduelle, les matériaux et des architectures de sûreté adaptées. Une relance doit intégrer l’autorité de sûreté très en amont, avant de figer un dessin industriel.
Le suivi public publie les accidents de référence, les barrières, les systèmes actifs et passifs, les essais nécessaires et les critères de démonstration. Il ne s’agit pas de convaincre par une formule générale selon laquelle la « quatrième génération serait plus sûre », mais de montrer quels scénarios sont mieux maîtrisés et quels risques nouveaux apparaissent. La crédibilité nucléaire se construit avec des exigences vérifiables.
La souveraineté recherchée porte autant sur les compétences que sur l’électricité produite. Réacteurs rapides, matériaux, simulation neutronique et cycle du combustible représentent un capital scientifique qu’une interruption longue peut rendre coûteux à reconstruire. La mesure inclut donc la conservation et la transmission des compétences dans son résultat attendu.
7 — Plans A, B et C : préserver les compétences même si le démonstrateur est repoussé
Le principal risque politique d’une filière longue est l’alternance : un démonstrateur peut être repoussé après plusieurs années d’études, comme ASTRID l’a montré. Le plan de repli doit donc organiser un socle de compétences utile même en l’absence de construction immédiate. Les plateformes d’essais, codes de calcul, travaux sur matériaux et coopération internationale peuvent conserver une valeur scientifique autonome.
Le chiffrage doit isoler investissement de recherche et économie future hypothétique. Tant qu’aucun démonstrateur n’a validé coûts et performances, aucune économie annuelle ne doit être intégrée au socle prudent. Cette prudence n’affaiblit pas le programme : elle distingue politique industrielle et promesse budgétaire.
8 — Objections : coût, délais et effet d’éviction sur le parc actuel
Première objection : toute relance mobilise des ingénieurs et des crédits alors que le parc existant, les EPR et les petits réacteurs ont déjà des besoins importants. Le programme ne doit donc pas concurrencer les priorités immédiates de sûreté et de disponibilité. Deuxième objection : la technologie rapide a une histoire industrielle complexe en France et à l’étranger ; il faut intégrer ce retour d’expérience plutôt que présenter le démonstrateur comme une certitude industrielle.
Troisième objection : un projet de long terme est vulnérable aux dépassements de coût. La réponse n’est pas de garantir le budget à l’avance mais d’imposer des jalons, une contre-expertise et un coût cible révisable publiquement. Si l’on ne sait plus expliquer ce que le prochain milliard doit apprendre ou démontrer, le programme doit être reconsidéré.
Dans « 8 — Objections : coût, délais et effet d’éviction sur le parc actuel », ce point s’applique directement : aSTRID doit être traité comme un programme technologique à jalons, non comme une centrale commerciale déjà disponible. Le dossier distingue recherche, démonstrateur, qualification des matériaux, cycle du combustible, sûreté et éventuelle industrialisation. Chaque passage de phase dépend d’indicateurs techniques publiés plutôt que d’un calendrier politique intangible.
9 — Indicateurs : mesurer les connaissances et décisions franchies
Le tableau de bord suivra les briques technologiques qualifiées, les essais réussis, les compétences critiques disponibles, les partenariats actifs, le nombre d’ingénieurs formés, la maturité des codes de calcul, le coût cumulé, le respect des jalons, les avis de sûreté et la qualité du dossier industriel. Pour un éventuel démonstrateur, s’ajouteront le coût cible, le calendrier, le taux de réalisation et les écarts expliqués.
L’indicateur final n’est pas le nombre de communiqués annonçant la relance d’ASTRID. Il est la capacité de la France à prendre, à une date fixée, une décision industrielle rationnelle sur les réacteurs rapides en disposant des compétences et preuves nécessaires.
La publication régulière de ces résultats doit permettre au Parlement de confirmer, ralentir ou arrêter une phase avant que l’engagement suivant ne devienne irréversible.
Dans « 9 — Indicateurs : mesurer les connaissances et décisions franchies », ce point s’applique directement : la souveraineté recherchée porte autant sur les compétences que sur l’électricité produite. Réacteurs rapides, matériaux, simulation neutronique et cycle du combustible représentent un capital scientifique qu’une interruption longue peut rendre coûteux à reconstruire. La mesure inclut donc la conservation et la transmission des compétences dans son résultat attendu.
Référence au Plan de Rupture et règle de consolidation
La mesure 7.05 est un investissement de recherche nucléaire et de maintien de compétences. Elle ne peut donc pas être convertie en économie annuelle par simple analogie avec le prix futur de l’électricité. Les crédits engagés doivent être suivis par jalons technologiques : simulation, matériaux, sûreté, qualification de composants, coopération internationale puis éventuelle décision de démonstrateur. Le projet ASTRID ayant été conduit de 2010 à 2019 avant report du démonstrateur, la relance proposée n’est pas un copier-coller administratif de l’ancien programme. Le Plan de Rupture fixe l’objectif de reprendre une capacité française sur les réacteurs rapides ; la fiche canonique organise une trajectoire réversible où chaque phase produit des connaissances utiles même si l’étape de construction est différée ou abandonnée. Chaque jalon franchi doit être publié avant l’autorisation de la dépense suivante.
Dans « Référence au Plan de Rupture et règle de consolidation », ce point s’applique directement : le chiffrage doit isoler investissement de recherche et économie future hypothétique. Tant qu’aucun démonstrateur n’a validé coûts et performances, aucune économie annuelle ne doit être intégrée au socle prudent. Cette prudence n’affaiblit pas le programme : elle distingue politique industrielle et promesse budgétaire.
ASTRID : relancer une compétence, pas ressusciter un chantier à l’identique
Le projet ASTRID a été conduit de 2010 à 2019 et a produit des études de conception sur les réacteurs rapides refroidis au sodium. Une relance sérieuse doit partir de cet héritage, mais aussi des raisons qui ont conduit au report du démonstrateur, de l’évolution des besoins industriels et des coopérations internationales. “Relancer ASTRID” signifie donc reprendre une capacité de conception et de démonstration, avec une revue de conception avant toute décision de construction.
Le jalon politique n°1 est un dossier d’options : objectifs de sûreté, puissance, combustible, cycle, coût, calendrier et comparaison avec d’autres concepts de réacteurs rapides. Le jalon n°2 est une décision de démonstrateur seulement si les critères sont remplis. Cette méthode empêche qu’un nom historique se transforme en chèque en blanc.
Plan de repli technologique.
Si le sodium ou la configuration historique ne présente plus le meilleur rapport risque/bénéfice, l’objectif supérieur reste la compétence française sur les réacteurs rapides et le cycle du combustible. Le Plan B peut donc financer des boucles d’essai, des matériaux, de la simulation et des partenariats internationaux sans lancer immédiatement un réacteur complet. Le Plan C maintient les compétences de recherche et la capacité de décision future. La souveraineté n’exige pas de construire à tout prix ; elle exige de ne pas devenir incapable de choisir.
Approfondissement : relancer des compétences ASTRID par jalons de décision
Le programme ASTRID a produit des études, des compétences et des choix de conception, mais il ne constitue pas un réacteur prêt à construire. Une reprise crédible commence donc par l’inventaire de ce qui peut être réutilisé et de ce qui doit être requalifié. Les normes, les fournisseurs, les équipes et les hypothèses économiques évoluent ; la continuité scientifique n’équivaut pas à une continuité industrielle automatique.
Créer quatre portes de décision
Jalon 1 : compétences et données. Jalon 2 : boucles et composants expérimentaux. Jalon 3 : avant-projet de démonstrateur avec sûreté et coût consolidés. Jalon 4 : décision éventuelle de construction. Chaque jalon possède un budget plafonné et des critères de sortie. Si les critères ne sont pas atteints, le programme peut s’arrêter sans avoir engagé le coût de l’étape suivante.
La logique financière peut être écrite Ctotal = C1 + C2 + C3 + C4, mais seule la tranche autorisée est budgétée au départ. Le signe + signifie « additionner ». Cette méthode évite de présenter le coût potentiel maximal comme déjà décidé.
Traiter le cycle du combustible comme un système
Un réacteur rapide ne se juge pas seulement sur le réacteur. Il faut intégrer combustible, retraitement, matières, déchets, sûreté, logistique et installations associées. Une promesse de meilleure utilisation de l’uranium n’a de valeur que si la chaîne industrielle correspondante est techniquement et économiquement cohérente.
Qualifier la sûreté du sodium sans minimiser ni caricaturer
Le sodium présente des propriétés intéressantes pour le transfert thermique mais réagit avec l’eau et l’air. Le programme doit donc démontrer détection des fuites, isolation, maintenance, comportement accidentel et maîtrise des risques associés. Les bénéfices de physique du réacteur et les contraintes d’exploitation doivent être présentés sur la même page.
Conserver une option stratégique même en cas d’arrêt
Un programme par jalons peut produire des compétences utiles même si le démonstrateur n’est finalement pas construit : matériaux, simulation, instrumentation, robotique, sûreté et coopération internationale. Le Plan B conserve les briques technologiques ; le Plan C maintient une veille et des partenariats. Le succès ne doit donc pas être défini comme « construire à tout prix », mais comme « être capable de décider sur une base technique souveraine ».
Capital humain : cartographier les compétences critiques
Le programme doit identifier les compétences dont la disparition rendrait une reprise impossible : neutronique, thermo-hydraulique sodium, matériaux, combustible, instrumentation, sûreté, maintenance et simulation. Pour chacune, il faut mesurer effectifs, âge, capacité de formation et dépendance à quelques experts. Une politique de souveraineté peut alors financer des thèses, plateformes expérimentales et transmissions de savoir avant même de décider un réacteur. Cette dépense conserve une valeur si le démonstrateur est repoussé.
ASTRID : repartir des acquis techniques et franchir des jalons avant toute décision de démonstrateur
Le projet historique s’est arrêté en 2019
Le CEA rappelle qu’ASTRID a été mené de 2010 à 2019 et que la réalisation du démonstrateur a été différée. Relancer « ASTRID » ne peut donc pas signifier reprendre un chantier suspendu au même endroit : il faut réexaminer les connaissances, les choix de sûreté, le cycle du combustible, les capacités industrielles et les évolutions intervenues depuis l’arrêt.
Le premier livrable doit être un bilan technique des briques encore pertinentes et de celles qui doivent être redéveloppées.
Un programme par jalons réduit le risque budgétaire
Avant un démonstrateur, des étapes peuvent porter sur matériaux, combustible, instrumentation, composants sodium, simulation et essais de systèmes. Chaque jalon doit avoir un coût, un résultat attendu et un critère de passage. L’engagement d’un projet de plusieurs milliards n’intervient qu’après réduction suffisante des incertitudes.
Cette méthode permet de conserver une compétence stratégique même si le démonstrateur final n’est pas immédiatement décidé.
Ne pas confondre valeur technologique et économie budgétaire immédiate
Un programme de réacteur avancé est d’abord un investissement de recherche et d’industrie. Les bénéfices potentiels concernent cycle du combustible, souveraineté et options de long terme ; ils ne doivent pas être comptés comme économies annuelles actuelles du plan.
Le registre financier doit donc afficher des dépenses de R&D et d’investissement avant toute éventuelle recette ou économie future.