AM-09.06 · SPACE ACADEMY

Logiciel de vol, watchdog, FDIR, redondance et mode sûr

Comment le vaisseau se protège-t-il quand un capteur devient incohérent ou un calculateur se bloque ?

À savoir

Logiciel de vol, watchdog, FDIR, redondance et mode sûr. La question à résoudre est la suivante : Comment le vaisseau se protège-t-il quand un capteur devient incohérent ou un calculateur se bloque ? Ici, la compréhension du système compte plus qu’une équation unique. On raisonne avec des états, des interfaces, des marges et des critères de réussite. La suite du cours montre comment passer de cette idée à un raisonnement contrôlable : unités explicites, hypothèses annoncées, calculs reproductibles, ordre de grandeur et limites d’interprétation. Le résultat n’est utile que si l’on peut expliquer ce qu’il mesure, d’où viennent les nombres et quelle décision d’ingénierie il éclaire.

Synthèse de départ : les démonstrations, exemples, limites et sources sont développés dans le corps du cours.

Notions clés avant de commencer

bus · FDIR · watchdog · redondance · unité

1 — La scène concrète

Question directrice : Comment le vaisseau se protège-t-il quand un capteur devient incohérent ou un calculateur se bloque ?

2 — Les mots indispensables, expliqués avant de les utiliser

État
Configuration logique autorisant certaines actions.
Watchdog
Surveillance attendant un signe de vie.
FDIR
Détection, isolation et récupération après défaut.
Redondance
Moyen supplémentaire pouvant reprendre une fonction.
Cause commune
Dépendance pouvant faire tomber plusieurs voies.
Mode sûr
État simplifié privilégiant la survie et le diagnostic.

3 — Voir l’architecture avant de calculer

Logiciel de vol, watchdog, FDIR, redondance et mode sûr
Schéma pédagogique spécifique au cours : il montre les interfaces et flux du sous-système étudié.

Détection

Seuils, cohérence, votes et temporisations.

Isolation

Identifier la zone probable, pas seulement signaler une alarme.

Récupération

Réessayer, redémarrer, basculer ou désactiver.

Mode sûr

Réduire la complexité pour conserver énergie, thermique et communication.

4 — Les formules, seulement lorsqu’elles répondent à une question

Ici, la compréhension du système compte plus qu’une équation unique. On raisonne avec des états, des interfaces, des marges et des critères de réussite.

5 — Ce que les unités et les marges veulent dire

Seuils gardent l’unité de la grandeur ; temporisations en s ou ms. La logique doit écrire à la fois valeur, durée et état applicable.

Toujours écrire les unités et la frontière du calcul. Une valeur sans unité, durée, mode ou hypothèse peut devenir trompeuse.

6 — Trois démonstrations concrètes, calculées pas à pas

Temporisation

Dépassement 0,2 s, seuil logique 2 s.

0,2 s observé

2 s requis

0,2<2 : pas de déclenchement

Conclusion : Filtre une pointe mais retarde aussi un vrai défaut.

Vote capteurs

21,0 °C ; 21,3 °C ; 85 °C.

Deux proches

Un très éloigné

La voie à 85 °C est suspecte, cause non prouvée.

Conclusion : Le vote exige indépendance et modèle cohérent.

Mode dégradé

Deux calculateurs, un perdu.

Avant=2 voies

Après=1 voie

Fonction maintenue, tolérance supplémentaire perdue.

Conclusion : Opérationnel ne signifie plus pleinement tolérant aux pannes.

7 — Approfondissement : ce que le schéma simplifié cache

Machines à états

Les transitions explicites réduisent les comportements implicites.

Fausses alarmes

Trop sensible ou trop permissif sont deux risques.

Diversité

Deux copies identiques peuvent partager la même erreur de conception.

Redémarrage

Il faut restaurer un état cohérent après reboot.

Validation

Simulations et hardware-in-the-loop testent les cas rares.

8 — Application à un vaisseau Terre–Mars

9 — Dossier de référence : ce qu’un vrai projet doit encore prendre en compte

Le logiciel de vol est une machine à états

Un logiciel spatial robuste décrit explicitement des modes et transitions : initialisation, nominal, manœuvre, communication, mode sûr, récupération, etc. Chaque transition possède des conditions d’entrée et des actions. Cette approche réduit les comportements implicites qui deviennent difficiles à tester. Une commande qui est valide en croisière peut être interdite pendant une manœuvre. Les machines à états rendent ces règles visibles et facilitent la vérification des chemins rares.

Watchdog : surveiller le surveillant

Un watchdog est un mécanisme qui attend un signe périodique prouvant que le logiciel ou un processeur fonctionne. Si ce signe disparaît, il peut déclencher un reset ou une reconfiguration. Mais un watchdog mal conçu peut provoquer des redémarrages inutiles ou ne rien détecter lorsqu’un logiciel tourne mais produit de mauvaises décisions. Il faut donc définir ce qui est réellement surveillé : simple activité du processeur, respect d’un délai, cohérence de données ou combinaison de plusieurs critères.

FDIR : détecter, isoler et récupérer

FDIR signifie Fault Detection, Isolation and Recovery. Détecter répond à « quelque chose est-il anormal ? ». Isoler répond à « où est la cause probable ? ». Récupérer répond à « quelle action permet de continuer ou de se mettre en sécurité ? ». Ces trois étapes sont différentes. Couper immédiatement un équipement à la première mesure suspecte peut transformer une fausse alarme en vraie perte de mission. À l’inverse, tolérer trop longtemps une anomalie peut propager le défaut.

Mode sûr : survivre n’est pas accomplir la mission

Le mode sûr réduit souvent les objectifs pour préserver énergie, température, attitude et communication minimale. Il doit être suffisamment simple pour rester disponible lorsque le reste du système est douteux. Mais il n’est pas magique : un mode sûr exige toujours des capteurs, de l’énergie, du logiciel et des actionneurs. Il faut donc analyser quelles pannes peuvent empêcher même son activation et prévoir des chemins de récupération appropriés.

Redondance logicielle et cause commune

Deux ordinateurs exécutant exactement le même code peuvent prendre exactement la même mauvaise décision si l’erreur est dans l’algorithme ou les données. On distingue redondance matérielle et diversité de conception. Dans certains cas, une fonction de sauvegarde volontairement plus simple peut être plus robuste qu’une copie complète. Mais la diversité coûte en développement, vérification et maintenance. Le bon choix dépend de la criticité et des scénarios crédibles.

Tester les cas rares avant qu’ils ne deviennent réels

Les pannes critiques apparaissent justement dans des combinaisons peu fréquentes : capteur en défaut pendant une manœuvre, communication perdue durant un redémarrage, batterie froide lors d’une transition, etc. La simulation, le software-in-the-loop puis le hardware-in-the-loop permettent d’injecter des anomalies et de tester les réactions. On vérifie aussi les temporisations, les courses entre tâches et les transitions après reset. Une campagne de test qui ne couvre que le nominal donne une confiance trompeuse.

Mise à jour logicielle loin de la Terre

Un logiciel peut nécessiter une correction après le lancement. Mettre à jour un véhicule lointain exige une image validée, un protocole de transfert robuste, une copie de secours et un moyen de revenir à l’ancienne version si la nouvelle ne démarre pas. Le délai radio impose parfois d’exécuter l’opération avec une grande autonomie locale. Pour une base martienne, conserver outils de compilation, signatures, procédures et compatibilités devient une question de souveraineté technique autant que de maintenance.

10 — Pièges fréquents et mauvaises intuitions

  • Croire que deux copies identiques éliminent les causes communes.
  • Utiliser le redémarrage comme réponse universelle.
  • Créer un mode sûr jamais testé en chaîne complète.

Le logiciel de vol doit savoir perdre des fonctions sans perdre le vaisseau

Un watchdog surveille qu’un calculateur ou une tâche continue d’exécuter le comportement attendu. Un redémarrage automatique peut récupérer un blocage transitoire, mais il devient dangereux si la cause persiste et entraîne une boucle de redémarrages. Le logiciel de vol doit donc mémoriser le contexte, limiter certaines répétitions et pouvoir entrer dans un mode sûr.

Le FDIR sépare détection, isolation et récupération. Une mesure aberrante ne prouve pas immédiatement quel capteur est fautif ; plusieurs capteurs ou modèles peuvent être comparés. Une action de récupération doit ensuite préserver les ressources : couper un équipement, basculer sur une chaîne redondante, modifier une consigne ou attendre une commande terrestre selon l’autonomie autorisée.

La mise à jour distante ajoute un risque de configuration. Le véhicule doit conserver une image de repli, vérifier intégrité et compatibilité, puis pouvoir revenir à une version connue si l’activation échoue. En espace lointain, cette capacité vaut autant que la nouveauté du logiciel envoyé.

11 — Exercices guidés

Question : Quelle question faut-il poser avant de choisir un équipement ?

Réponse guidée : Quel besoin vérifiable doit-il satisfaire, dans quel mode, avec quelles interfaces, quelles marges et quelles conséquences en cas de panne ?

Question : Pourquoi un résultat nominal ne suffit-il pas ?

Réponse guidée : Parce qu’il faut aussi vérifier dispersion, environnement, vieillissement, pannes, configuration et conditions de pointe.

12 — À retenir

  • Expliquer le sujet avec des mots simples avant les symboles.
  • Relier au moins quatre interfaces avec les autres sous-systèmes.
  • Refaire les trois exemples numériques sans saut de raisonnement.

13 — Sources NASA pour approfondir