Bible Mars — Organisations
La Mars Society
Fondée en 1998 à Boulder autour de Robert Zubrin, la Mars Society milite pour l’installation humaine sur Mars et fait vivre, dans l’Arctique canadien et le désert de l’Utah, des équipages comme sur la planète rouge.
convention fondatrice d’août 1998
- Fondation
- Août 1998, Boulder (Colorado)
- Président
- Robert Zubrin
- Stations
- FMARS (île Devon, 2000), MDRS (Utah, 2002)
- Équipages MDRS
- Plus de 300 (2026)
- Approche défendue
- Mars Direct, « vivre sur le pays »
7 chapitres et 3 annexes : environ 4 400 mots, soit 20 minutes de lecture. Chaque fait vient de sources vérifiées, indiquées à la fin de chaque chapitre.
Première partie
Fonder et construire
1957 – 2002
Chapitre 1 · 1957 – 1993 Avant la Mars Society : Mars Direct
La Mars Society n’est pas née de rien. Avant elle, il y a eu à Boulder un groupe de passionnés qui s’appelaient eux-mêmes le « Mars Underground », et un ingénieur qui a imaginé un plan pour aller sur Mars en fabriquant sur place le carburant du retour.
Le « Mars Underground »
Au tournant des années 1980, à l’université du Colorado à Boulder, un doctorant en astrogéophysique, Christopher McKay, organise un séminaire informel autour d’une étude de la NASA de 1976 sur l’habitabilité de Mars. Il réunit des passionnés de Boulder et de tout le pays, qui se surnomment en plaisantant le « Mars Underground ». Au printemps 1980, ils décident qu’il est temps d’organiser une conférence sur l’exploration de Mars. Elle a lieu à Boulder en 1981, deux semaines après le premier vol de la navette spatiale, sous le nom de « The Case for Mars », emprunté au titre d’un article de 1978 de Benton Clark sur l’utilisation des ressources martiennes. Environ trois cents ingénieurs, scientifiques et passionnés y participent : c’est, selon l’historien David Portree, le plus grand rassemblement d’apprentis explorateurs martiens depuis 1963, et le premier forum public consacré aux projets martiens depuis les années 1960.
Les conférences « Case for Mars » se succèdent. La troisième, en 1987, attire plus de mille participants, avec parmi les orateurs l’astronome Carl Sagan et l’ancien administrateur de la NASA James Fletcher. Dans le public se trouve un jeune ingénieur, Robert Zubrin.
Robert Zubrin
Robert Zubrin a cinq ans, à Brooklyn, quand l’Union soviétique lance Spoutnik en 1957. Pour son sixième anniversaire, son père lui offre un télescope. Adolescent, il devient un prodige des échecs ; en 1969, il regarde l’atterrissage d’Apollo 11 depuis Leningrad, où il dispute un tournoi international. Il étudie les mathématiques à l’université de Rochester, puis l’ingénierie nucléaire et l’aéronautique à l’université de Washington. À l’été 1985, il travaille au laboratoire de Los Alamos sur des réacteurs de fusion sphériques, mais se lasse du manque de progrès de ce domaine.
La conférence de 1987 le décide : travailler sur l’exploration de Mars lui offrirait, dit-il, bien plus de liberté créatrice. Il remet son curriculum vitae à Ben Clark, responsable chez Martin Marietta, l’entreprise qui avait construit les sondes Viking. Un an plus tard, il conçoit des missions interplanétaires pour elle, dans le Colorado.
Mars Direct
Le 20 avril 1990, Robert Zubrin et son collègue David Baker présentent leur plan aux ingénieurs de la NASA réunis au centre Marshall. En juin, ils le rendent public lors d’une conférence de la National Space Society à Anaheim, en Californie ; une semaine plus tard, Zubrin le présente à la quatrième conférence « Case for Mars », à Boulder, où il attire l’attention. En août 1990, la revue Aerospace America en publie une description accessible : selon les auteurs, les États-Unis pourraient envoyer des humains sur Mars dans la décennie, non pour une expédition sans lendemain, mais pour installer des moyens de transport et des bases capables d’évoluer vers une colonie en grande partie autonome.
Le principe tient en quelques étapes. Une grande fusée dérivée de la navette, qu’ils baptisent Ares, lance d’abord vers Mars, sans équipage, un atterrisseur cargo de quarante tonnes : il emporte le véhicule de retour, une usine à ergols, 5,8 tonnes d’hydrogène liquide et un réacteur nucléaire de cent kilowatts monté sur un petit camion robotisé. L’atterrisseur est assez léger pour être envoyé directement vers Mars, sans assemblage ni ravitaillement en orbite terrestre, d’où le nom de Mars Direct. Une fois posé, le camion éloigne le réacteur dans un creux du terrain, qui protège le site de ses radiations. L’usine aspire l’atmosphère martienne et combine son gaz carbonique avec l’hydrogène apporté, par la réaction de Sabatier, proposée pour Mars dès 1978, pour produire du méthane et de l’eau ; l’eau, décomposée, fournit de l’oxygène. En un an, elle doit fabriquer 107 tonnes d’ergols. L’équipage ne part que lorsque le carburant du retour attend déjà sur Mars.
À l’occasion suivante, vingt-six mois plus tard, deux nouvelles fusées partent : l’une avec un second atterrisseur cargo, l’autre avec le vaisseau de l’équipage, un habitat de quatre personnes en forme de « palet de hockey ». Pendant le voyage, l’habitat et l’étage supérieur, reliés par un câble de 1 500 mètres, tournent sur eux-mêmes une fois par minute pour recréer une pesanteur égale à celle de Mars. L’équipage se pose près du premier atterrisseur, y vit environ cinq cents jours, explore la région avec un rover pressurisé jusqu’à des centaines de kilomètres, puis repart avec le carburant fabriqué sur place. Le second atterrisseur, posé plus loin, prépare l’expédition suivante. D’expédition en expédition, un réseau de bases doit naître.
La NASA s’en inspire
Zubrin présente Mars Direct au responsable de l’exploration de la NASA, Michael Griffin, en juin 1992, puis au centre Johnson en octobre. Il conseille l’équipe d’étude de l’exploration martienne de la NASA fin 1992 et en 1993. En mai 1993, cette équipe produit une « mission de référence » qui, selon David Portree, est modelée sur Mars Direct : pas d’assemblage en orbite, pas d’étape lunaire, un long séjour sur Mars dès la première expédition, six astronautes, et l’utilisation précoce des ressources martiennes. La principale différence est le retour : jugeant le véhicule de Mars Direct trop petit pour quatre astronautes pendant six mois, la NASA sépare une petite fusée de remontée, qui seule utilise le carburant produit sur Mars, d’un véhicule de retour qui attend en orbite. Depuis 1992, écrit Portree en 2001, la NASA fonde la plupart de ses projets martiens sur le concept de Mars Direct.
Sources : David S. F. Portree, Humans to Mars: Fifty Years of Mission Planning, 1950–2000, NASA, Monographs in Aerospace History n° 21, 2001 (Christopher McKay et le « Mars Underground », printemps 1980, conférence de 1981 deux semaines après le premier vol de la navette, nom tiré de l’article de Benton Clark, environ 300 participants, plus grand rassemblement depuis 1963 ; présentation du 20 avril 1990 au centre Marshall, Anaheim en juin 1990, Case for Mars IV, Aerospace America d’août 1990 ; Ares, atterrisseur de 40 t, 5,8 t d’hydrogène, réacteur de 100 kW, nom de Mars Direct, réacteur éloigné, réaction de Sabatier proposée en 1978, 107 t d’ergols ; habitat en palet, câble de 1 500 m et une rotation par minute, séjour de 500 jours, rover ; réseau de bases ; Griffin en juin 1992, JSC en octobre 1992, conseiller en 1992-1993, mission de référence de mai 1993 modelée sur Mars Direct et ses caractéristiques, séparation de la remontée et du retour ; NASA s’appuyant sur Mars Direct depuis 1992) ; J. Mikanowski, « The man who inspired Elon Musk to shoot for Mars », The Economist, 9 octobre 2026, republié par la Mars Society (enfance, Spoutnik, télescope, échecs et Leningrad, études, Los Alamos en 1985, Case for Mars III en 1987 avec plus de 1 000 participants, Sagan et Fletcher, Ben Clark et Martin Marietta) ; Mars Society, page « Mars Direct » (principe général). Les citations et résumés sont traduits de l’anglais.
Chapitre 2 · 1998 Boulder, août 1998
La Mars Society n’est ni une agence ni une entreprise : c’est une association de passionnés, née d’une convention réunie dans le Colorado.
Sept cents personnes
En août 1998, environ sept cents personnes se réunissent à l’université du Colorado, à Boulder, pour la convention fondatrice d’une nouvelle organisation, la Mars Society. Elle a été fondée par l’ingénieur Robert Zubrin et d’autres ; il en devient le président. Huit ans après avoir présenté Mars Direct, l’auteur du plan se dote ainsi d’une organisation pour le défendre.
Une déclaration
Les participants ratifient une déclaration fondatrice. Elle s’ouvre sur une idée simple : le temps est venu pour l’humanité de se rendre sur Mars. Elle affirme que nous sommes mieux préparés aujourd’hui à y envoyer des humains que nous ne l’étions à aller sur la Lune au début de l’ère spatiale. Puis elle énumère les raisons d’y aller : chercher si la vie y est apparue, mieux comprendre la Terre par comparaison, relever un défi qui pousse les jeunes vers les sciences, bâtir un monde nouveau, porter la vie au-delà de la Terre.
Trois buts
Selon sa propre présentation, la Mars Society poursuit trois buts : informer le public pour susciter un intérêt profond pour Mars ; obtenir un soutien international pour la recherche et l’exploration martiennes financées par les États ; encourager les entreprises commerciales qui contribueront à l’exploration et à l’installation humaines. Elle défend Mars Direct ou un plan semblable, fondé sur l’idée de « vivre sur le pays » : une mission de fret part la première et installe une usine à ergols, qui utilise la glace d’eau et l’atmosphère de Mars ; l’équipage suit. Elle affirme que la NASA et SpaceX ont adopté cette approche ; c’est l’affirmation de l’association elle-même.
Lors de la convention fondatrice, la société choisit son premier projet : construire, sur l’île Devon, dans l’Arctique canadien, une station de recherche qui simule une base martienne. L’idée avait été proposée en avril 1998 par le planétologue Pascal Lee.
Sources : Mars Society, « Founding Declaration » (ratification par sept cents participants en août 1998 à l’université du Colorado à Boulder ; contenu résumé et traduit, le texte étant protégé) ; Mars Society, page « About » (fondée en 1998 par Robert Zubrin et d’autres, trois buts, Mars Direct, « living-off-the-land », mission de fret et usine à ergols, affirmation sur la NASA et SpaceX) ; D. S. F. Portree, Humans to Mars, NASA SP-2001-4521 (Mars Direct présenté le 20 avril 1990) ; Wikipédia en anglais, « Flashline Mars Arctic Research Station » (proposition de Pascal Lee en avril 1998, choix à la convention fondatrice ; source tertiaire).
Chapitre 3 · 2000 – 2002 Deux bases martiennes sur Terre
Pour apprendre à vivre sur Mars, la Mars Society construit ses propres « stations analogues » : l’une dans le Grand Nord canadien, l’autre dans le désert de l’Utah.
Sur l’île Devon
La Flashline Mars Arctic Research Station, FMARS, se dresse sur l’île Devon, dans le territoire canadien du Nunavut, un désert polaire. Elle est bâtie au bord du cratère d’impact Haughton, large de vingt-trois kilomètres. Conçue par l’architecte Kurt Micheels et l’ingénieur Wayne Cassalls, avec Robert Zubrin et de nombreux membres de la société, elle est achevée à l’été 2000. Le projet coûte 1,3 million de dollars, réunis grâce à des parrainages : une société internet, Flashline.com, verse 175 000 dollars et obtient de donner son nom à la station. La ville la plus proche, Resolute Bay, est à une heure d’avion.
Les équipages y mènent des explorations géologiques, microbiologiques et climatologiques dans un environnement froid et isolé, avec des contraintes semblables à celles d’un équipage sur Mars. En 2001, la biologiste Shannon Rupert devient responsable scientifique du soutien de mission de la station.
Dans le désert de l’Utah
La seconde station, la Mars Desert Research Station, MDRS, ouvre en 2002 dans le sud-est rural de l’Utah, près de Hanksville. Elle comprend un habitat à deux niveaux avec un sas, une serre, des observatoires, un module d’ingénierie et un bâtiment scientifique. De petits équipages s’y succèdent, en général pour deux semaines. Chaque fois qu’ils sortent, les membres revêtent une tenue qui simule un scaphandre. Dès 2002, Shannon Rupert crée une équipe scientifique à distance qui épaule les équipages ; elle réunira plus de quarante scientifiques du monde entier.
La MDRS deviendra, selon la Mars Society, la plus grande et la plus ancienne station analogue martienne au monde.
Sources : Mars Society, site de FMARS (île Devon, Nunavut, buts des équipages) ; Mars Society, « Mars160 FMARS Final Mission Report », 16 août 2017 (bord du cratère Haughton, Resolute Bay à une heure d’avion) ; Wikipédia en anglais, « Flashline Mars Arctic Research Station » (désert polaire, cratère de 23 km, achèvement à l’été 2000, Micheels et Cassalls, 1,3 million, Flashline.com et 175 000 dollars ; source tertiaire) et « Mars Desert Research Station » (Hanksville, bâtiments, tenues ; source tertiaire) ; Mars Society, « Mars Society Promotes Dr. Shannon Rupert… », 17 février 2023 (rôle à FMARS en 2001, équipe scientifique à distance créée en 2002 et ses plus de quarante scientifiques, MDRS la plus grande et la plus ancienne) ; Mars Society, « Harper’s Magazine Feature ‘Redshift’… », 15 avril 2026 (ouverture en 2002 dans le sud-est rural de l’Utah, simulations de deux semaines en général).
Deuxième partie
Simuler Mars
2016 – 2026
Chapitre 4 · 2016 – 2017 Mars 160
En 2016, la Mars Society tente sa simulation la plus ambitieuse : quatre-vingts jours dans le désert, puis quatre-vingts jours dans l’Arctique, avec un même équipage.
Un équipage de sept
Le 6 avril 2016, la société annonce le programme Mars 160 : deux missions de quatre-vingts jours avec le même équipage international de sept personnes. La première, Mars Desert 80, commence le 24 septembre 2016 à la MDRS, pendant la dix-neuvième convention internationale de la société. La seconde doit suivre à FMARS à l’été 2017. L’annonce présente un équipage réunissant un ingénieur français, Alexandre Mangeot, commandant ; un Japonais, Yusuke Murakami, commandant en second ; la biologiste américaine Shannon Rupert, chercheuse principale du programme ; une journaliste russe, Anastasiya Stepanova ; un ingénieur canadien, Claude-Michel Laroche ; un géologue australien, Jonathan Clarke ; une médecin britannique, Susan Jewell. Robert Zubrin dirige le programme.
Le désert contre l’Arctique
Le but est de mener une exploration de terrain, géologique, paléontologique et microbiologique, avec des contraintes semblables à celles de Mars, et de tester des techniques d’ingénierie, de télémédecine, de scaphandres et de sorties. Surtout, il s’agit de comparer : une simulation dans le désert, bien moins chère, peut-elle remplacer une simulation dans l’Arctique ? Les membres de l’équipage ont été choisis en grande partie parmi les anciens de la MDRS, par la sélection mise en place pour un projet plus long, une mission d’un an dans l’Arctique, qui attendait encore son financement.
Trente jours sur l’île Devon
Le 17 juillet 2017, six membres de l’équipage arrivent à FMARS : Alexandre Mangeot, qui commande, Yusuke Murakami, Jonathan Clarke, Anastasiya Stepanova, Anushree Srivastava et l’Américain Paul Knightly. Tous ont participé à la phase du désert. Shannon Rupert reste chercheuse principale, avec Paul Sokoloff, du Musée canadien de la nature, mais ni l’un ni l’autre ne vivent à la station.
La partie arctique ne se déroule pas comme prévu. Selon le rapport final, publié le 16 août 2017, la météo et l’état du terrain retardent l’expédition de plus de trois semaines, et l’équipage ne passe que trente jours dans l’Arctique. Faute de temps, aucun projet d’ingénierie n’est mené. Le groupe électrogène ne tourne qu’environ neuf heures par jour ; la liaison satellite est lente et peu fiable ; vers la fin, il faut économiser la nourriture. L’équipage rapporte pourtant des dizaines d’échantillons de sols polygonaux, des panoramas du terrain pris selon une grille régulière, des études sur les lichens et les organismes qui vivent dans la roche, et des observations sur la dynamique du groupe.
Sources : Mars Society, « Mars Society to Launch Mars 160 Twin Desert-Arctic Analog Missions », 6 avril 2016 (deux missions de 80 jours, sept personnes, MD80 le 24 septembre 2016 pendant la 19e convention, MA80 à l’été 2017, composition de l’équipage, Rupert chercheuse principale, Zubrin directeur de programme, objectifs, comparaison désert-Arctique, sélection prévue pour MA365) ; M. Wall, « 2nd Half of 160-Day Mars Mission Simulation Begins in Canadian Arctic », Space.com, 19 juillet 2017 (arrivée du 17 juillet, six membres, composition, sept personnes dans la phase du désert, Rupert et Sokoloff chercheurs principaux hors de la station) ; Mars Society, « Mars160 FMARS Final Mission Report », 16 août 2017 (retard de plus de trois semaines, trente jours, six membres, pas de projet d’ingénierie, groupe électrogène, liaison satellite, nourriture, résultats).
Chapitre 5 · 2023 – 2026 Plus de trois cents équipages
Un quart de siècle après sa fondation, la Mars Society reste une petite association. Mais ses stations ont accueilli des centaines d’équipages, et son modèle s’exporte.
Une organisation qui se structure
Le 17 février 2023, la société nomme Shannon Rupert, longtemps directrice de la MDRS, à un nouveau poste de directrice principale de la recherche analogue : elle doit encadrer une nouvelle équipe scientifique à distance et faire publier les recherches menées à la station, dont celles de Mars 160. La gestion sur place passe à une équipe de responsables dirigée par le directeur exécutif, James Burk. Le 10 septembre 2024, Ben Stanley, jusque-là directeur adjoint de la MDRS aux côtés de son directeur, Sergii Iakymov, devient directeur du programme de recherche analogue ; il doit notamment lancer une revue consacrée à la recherche sur les stations analogues.
Payer pour simuler Mars
En avril 2026, la journaliste Elena Saavedra Buckley raconte dans le magazine Harper’s son séjour à la MDRS, au sein de l’équipage 315. La station, écrit-elle, a accueilli plus de trois cents équipages ; la plupart des participants paient entre 2 000 et 3 500 dollars pour y prendre part. Elle s’est portée candidate par un simple formulaire en ligne, sans expérience de l’aviation, de la médecine ni des milieux extrêmes. Son équipage écrit des comptes rendus quotidiens, arrose les plantes de la serre et mène de modestes recherches. Sa première mission avait été annulée quand son commandant avait cessé de répondre.
Le modèle s’exporte
En août 2025, l’Inde achève sa première simulation martienne habitée, HOPE, dans la vallée de Tso Kar, au Ladakh, à 4 530 mètres d’altitude : deux astronautes analogues y vivent dix jours en isolement. Le projet est conduit par l’entreprise Protoplanet, avec l’Organisation indienne de recherche spatiale, l’ISRO. La Mars Society le rejoint comme partenaire principal, avec son expertise et un soutien financier, et participera à la sélection des futurs équipages. Sur l’île Devon, l’équipage 19 de FMARS achève sa simulation en juillet 2026. Dans le cratère Haughton, ses membres multiplient les sorties et repèrent un site de brèche d’impact riche en minéraux, qui pourrait éclairer la formation du cratère, son refroidissement et la chimie de l’eau qui y circulait il y a environ trente millions d’années. Ils doivent aussi réparer l’habitat, récupérer des quads embourbés et changer des pneus crevés. Ils célèbrent aussi les anniversaires de l’atterrissage d’Apollo 11 sur la Lune et de Viking 1 sur Mars, en notant combien le paysage du cratère ressemble à celui de Mars. Chaque soir, chacun raconte son meilleur et son pire moment de la journée ; à la fin, tous donnent le même « pire moment » : que la mission se termine.
Les rovers et les conventions
La société organise chaque année un concours universitaire de rovers, la University Rover Challenge, et soutient une compétition européenne, l’European Rover Challenge. Elle anime une encyclopédie en ligne, Marspedia, des simulations en réalité virtuelle, des sections locales aux États-Unis et ailleurs, et une convention internationale annuelle : celle de 2026 est prévue du 22 au 24 octobre à l’université de Californie du Sud, à Los Angeles.
Sources : Mars Society, « Mars Society Promotes Dr. Shannon Rupert to New Position of Senior Director, Analog Research », 17 février 2023 ; Mars Society, « Mars Society Appoints Ben Stanley as New Analog Research Program Director », 10 septembre 2024 ; Mars Society, « Harper’s Magazine Feature ‘Redshift’: Rehearsing for Humanity’s Future on Mars », 15 avril 2026 (article d’E. Saavedra Buckley, équipage 315, plus de 300 équipages, 2 000 à 3 500 dollars, candidature, mission annulée, convention 2026) ; Mars Society, « India’s First Crewed Mars Analog Launches with Protoplanet, ISRO & the Mars Society », 16 septembre 2025 (HOPE, Tso Kar, 4 530 m, dix jours, deux astronautes, partenaires) ; Mars Society, site de FMARS (équipage 19, juillet 2026) ; Mars Society, « From Viking’s Legacy to Tomorrow’s Mars: Crew 19 Completes Devon Island Analog Mission », 24 juillet 2026 (sorties, brèche d’impact et trente millions d’années, réparations, anniversaires d’Apollo 11 et de Viking 1, bilans du soir) ; Mars Society, page « About » (University Rover Challenge, European Rover Challenge, Marspedia, MarsVR, sections, convention annuelle).
Troisième partie
Imaginer et former
2006 – 2027
Chapitre 6 · 2006 – 2027 Imaginer les villes de Mars, former ceux qui les bâtiront
La Mars Society ne se contente pas de simuler la vie sur Mars. Elle organise des concours pour imaginer ses colonies et ses villes, et des compétitions pour former les ingénieurs qui pourraient un jour y travailler.
Une colonie de mille personnes
En octobre 2018, la société lance un concours international, le « Mars Colony Prize », doté de 10 000, 5 000 et 2 500 dollars pour les trois premiers : concevoir le meilleur plan pour une colonie martienne de mille habitants. La colonie doit vivre autant que possible par elle-même, avec un minimum d’importations depuis la Terre. Le règlement prévient qu’il faut beaucoup plus de mille personnes pour fabriquer tout ce dont les humains ont besoin : il faudra donc des robots et de l’intelligence artificielle, produire sur Mars nourriture, tissus, acier, verre et plastiques, et les façonner grâce à l’impression 3D. Seuls quelques composants clés, comme l’électronique avancée, devraient venir de la Terre ; il faudra donc aussi trouver des exportations pour les payer.
Le barème est révélateur : quarante points pour la conception technique, trente pour l’économie, dix pour la société et la culture, dix pour l’organisation politique, dix pour la beauté de la colonie. Cent projets arrivent du monde entier. Les dix finalistes, venus de France, de Suisse, de Pologne, de Russie, de Suède et des États-Unis, présentent leurs plans devant un jury lors de la vingt-deuxième convention internationale de la société, à Los Angeles, en octobre 2019. En janvier 2020, les vingt-deux meilleurs projets sont publiés dans un livre de 580 pages, « Mars Colonies: Plans for Settling the Red Planet ».
Une cité-État d’un million d’habitants
Au début de 2020, la société change d’échelle : elle demande de concevoir une cité-État martienne d’un million d’habitants, avec son fondement technique et économique, son système social et politique et son architecture. Une ville ne réussira et ne grandira, souligne-t-elle, que si les gens ont envie d’y vivre. Cent soixante-seize équipes répondent. En mai 2021, les vingt meilleurs projets paraissent dans un livre dirigé par Frank Crossman, « Mars City States: New Societies for a New World ».
Former les ingénieurs
Depuis 2006, la Mars Society organise la University Rover Challenge, une compétition de robotique pour étudiants qui se tient chaque été depuis 2007 dans le désert du sud de l’Utah : des équipes universitaires y conçoivent et construisent des rovers martiens destinés, un jour, à travailler aux côtés des astronautes.
Du 8 juin au 10 juillet 2026, plus de cent étudiants de vingt pays participent à la cinquième compétition internationale de conception d’une mission vers Mars, un programme virtuel de cinq semaines dirigé par la responsable de l’éducation de la société, Nicole Willett. Chaque équipe doit concevoir une mission complète à la surface de Mars, d’une durée maximale de dix-huit mois, en conciliant objectifs scientifiques, contraintes techniques, sécurité des astronautes et budget. L’équipe gagnante réunit des étudiants d’Égypte et de Syrie, devant une équipe des États-Unis et une autre du Costa Rica.
Une troisième station, en ville
En juillet 2026, la section de Seattle de la Mars Society signe avec le South Seattle College un accord de dix ans pour construire une station de recherche analogue Lune-Mars sur le campus de l’établissement, si le financement est réuni, avec une ouverture visée pour la rentrée 2027. L’accord prévoit aussi un cursus d’études spatiales, des projets d’étudiants avec des industriels et une filière de formation pour l’industrie aérospatiale régionale. Les étudiants des filières techniques pourraient y contribuer : ceux de la maintenance automobile sur les batteries des drones et des rovers, ceux de la cuisine sur la culture de légumes dans l’espace. Pour le directeur exécutif de la société, James Burk, les programmes lunaires et martiens auxquels s’est engagé le gouvernement américain auront besoin d’une main-d’œuvre qu’on n’a pas formée depuis cinquante ans.
Les stations de la société ont d’ailleurs déjà formé des astronautes. En 2009, Jessica Watkins était géologue en chef d’un équipage de la MDRS, l’équipage 86, lors d’une mission analogue de la NASA. Devenue astronaute, elle a passé 170 jours dans la Station spatiale internationale en 2022 ; en octobre 2026, elle doit y retourner comme commandante de la mission Crew-13.
Sources : Mars Society, « Announcing Publication of Mars Colonies: Plans for Settling the Red Planet », 29 janvier 2020 (concours d’octobre 2018, prix, règlement, barème, cent projets, dix finalistes et leurs pays, convention de Los Angeles d’octobre 2019, livre de 580 pages, 22 projets publiés) ; Mars Society, « Mars City State Designs Book Published », 3 mai 2021 (concours du début de 2020, un million d’habitants, 176 équipes, vingt projets, F. Crossman) ; University Rover Challenge, page « About URC » (lancée en 2006, chaque été depuis 2007, désert du sud de l’Utah) ; Mars Society, « Students from 20 Countries Compete in 5th Annual Intl. Mission to Mars Engineering Design Competition », 21 juillet 2026 (dates, plus de cent étudiants, vingt pays, N. Willett, mission de dix-huit mois, classement) ; Mars Society, « Mars Society & South Seattle College Sign 10-Year Agreement… », 21 juillet 2026 (accord, conditions de financement, ouverture visée en 2027-2028, cursus, exemples de filières, propos de J. Burk) ; Mars Society, « From MDRS to the ISS: Jessica Watkins to Command NASA’s Crew-13 Mission », 29 septembre 2026 (équipage 86 en 2009, 170 jours en 2022, Crew-13).
Épilogue
La Mars Society et Mars
Chapitre 7 · La leçon Ce que la Mars Society apporte à Mars
Une association sans fusée ni budget d’agence a fait vivre des centaines d’équipages comme sur Mars. Cinq leçons en ressortent.
S’entraîner avant de partir
Sortir en tenue, gérer l’énergie, l’eau, la nourriture, les tensions d’un petit groupe : tout cela s’apprend sur Terre. Les stations de la Mars Society ont fait de cet apprentissage une pratique ouverte à des centaines de volontaires.
La réalité corrige le plan
Mars 160 devait durer deux fois quatre-vingts jours ; l’Arctique en a décidé autrement. Retards, groupe électrogène limité, liaisons lentes : ce sont exactement les contraintes qu’un équipage martien rencontrera, sans pouvoir attendre une meilleure météo.
Le rôle des citoyens
La Mars Society montre qu’on peut contribuer à l’exploration sans être une agence : en militant, en construisant des stations, en formant des étudiants. Une future société martienne aura besoin de ces bonnes volontés autant que des ingénieurs.
Une idée simple peut changer un programme
Fabriquer sur Mars le carburant du retour : cette idée, défendue par Robert Zubrin et David Baker en 1990, a servi de modèle à la mission de référence de la NASA dès 1993. Un plan clair, chiffré et défendu avec obstination peut peser plus lourd que des études plus coûteuses.
Penser la ville, pas seulement le voyage
Les concours de la Mars Society notent la technique, mais aussi l’économie, la politique, la culture et la beauté. Une installation durable sur Mars ne sera pas qu’une affaire d’ingénieurs : il faudra que des gens aient envie d’y vivre.
Cette leçon est une réflexion de l’auteur de ce livre, fondée sur les faits rapportés dans les chapitres précédents, où leurs sources sont indiquées.
Annexes
Pour aller plus loin
Annexe Comprendre la Mars Society
Quelques notions, expliquées simplement, pour suivre ce livre.
La station analogue
Un lieu sur Terre choisi parce qu’il ressemble à Mars par certains aspects (froid, sécheresse, roches, isolement), où l’on simule une mission martienne pour tester le matériel, les méthodes et le comportement d’un équipage.
Le sol
Le jour martien, qui dure un peu plus qu’un jour terrestre. Les équipages des stations comptent souvent leurs journées en « sols », comme le feraient des astronautes sur Mars.
La sortie extravéhiculaire
Toute sortie hors de l’habitat. En simulation, les membres de l’équipage portent une tenue qui imite un scaphandre et passent par un sas, comme ils le feraient sur Mars.
Vivre sur le pays
L’idée d’utiliser les ressources de Mars (l’eau de la glace, le gaz carbonique de l’air) pour produire sur place le carburant, l’oxygène et l’eau, au lieu de tout apporter de la Terre.
La réaction de Sabatier
Une réaction chimique qui combine du gaz carbonique et de l’hydrogène, en présence d’un catalyseur, pour produire du méthane et de l’eau. Sur Mars, le gaz carbonique vient de l’atmosphère ; le méthane peut servir de carburant, et l’eau, décomposée, fournit de l’oxygène.
Une mission de référence
Un scénario détaillé qu’une agence spatiale utilise comme base commune pour ses études : quels véhicules, quel calendrier, combien d’astronautes. Celle de la NASA en 1993 s’inspirait de Mars Direct.
Ces explications sont des notions générales. Le décompte en sols suit les comptes rendus de mission de FMARS ; « vivre sur le pays » suit la page « About » de la Mars Society.
Annexe Chronologie
La Mars Society, en dates.
1981. Première conférence « The Case for Mars », à Boulder.
1987. Troisième conférence « The Case for Mars » ; Robert Zubrin dans le public.
20 avril 1990. Robert Zubrin et David Baker présentent Mars Direct à la NASA.
Mai 1993. La mission de référence martienne de la NASA s’inspire de Mars Direct.
Avril 1998. Pascal Lee propose une station de recherche sur l’île Devon.
Août 1998. Convention fondatrice de la Mars Society à Boulder.
Été 2000. Achèvement de la station FMARS sur l’île Devon.
2002. Ouverture de la MDRS dans l’Utah.
2006. Création de la University Rover Challenge.
24 septembre 2016. Début de Mars Desert 80, première partie de Mars 160.
Été 2017. Partie arctique de Mars 160 à FMARS, trente jours.
Octobre 2018. Lancement du concours pour une colonie de mille personnes.
Début 2020. Concours pour une cité-État martienne d’un million d’habitants.
17 février 2023. Shannon Rupert devient directrice principale de la recherche analogue.
10 septembre 2024. Ben Stanley devient directeur du programme de recherche analogue.
Août 2025. Première simulation martienne habitée en Inde, HOPE, avec la Mars Society.
Juillet 2026. Équipage 19 de FMARS.
Juillet 2026. Accord avec le South Seattle College pour une troisième station.
22-24 octobre 2026. Convention internationale à Los Angeles (prévue).
Sources : celles des chapitres.
Annexe Sources et méthode
Ce livre raconte la Mars Society à partir de ses propres publications, complétées par quelques sources extérieures. Cette annexe indique d’où viennent les faits et leurs limites.
Les sources principales
L’essentiel vient des pages et communiqués de la Mars Society : sa déclaration fondatrice, sa page de présentation, ses annonces de 2016 à 2026 et le rapport final de Mars 160 publié sur le site de FMARS. Ce sont des sources de l’organisation elle-même : elles sont fiables pour les dates et les faits internes, moins pour les jugements qu’elle porte sur sa propre importance, que nous signalons comme tels. Quelques détails sur la construction des stations viennent de Wikipédia en anglais, source tertiaire, signalée à chaque fois.
L’ancienne page « Mars Society » de ce site renvoyait vers le dossier consacré à la MDRS, qui reste en ligne. La vie de Robert Zubrin est racontée dans sa biographie ; ce livre raconte l’association.
Ce qui reste incertain
La Mars Society se présente comme la plus grande et la plus influente organisation de défense de l’espace au monde, et affirme que la NASA et SpaceX ont adopté son approche. Pour la NASA, la monographie historique de David Portree confirme que la mission de référence de 1993 était modelée sur Mars Direct ; pour SpaceX, nous n’avons pas de source indépendante. Le nombre de ses membres n’est pas publié sur les pages consultées. Le rapport final de Mars 160 parle de six membres d’équipage dans l’Arctique, alors que l’annonce de 2016 en prévoyait sept : un article de Space.com du 19 juillet 2017 explique l’écart, la phase du désert ayant bien compté sept personnes et la phase arctique six. Il montre aussi que la composition de l’équipage a changé depuis l’annonce : deux des six membres arrivés dans l’Arctique n’y figuraient pas. Nous n’avons pas trouvé la liste exacte des sept membres de la phase du désert.
Mars Direct prévoit un séjour d’environ cinq cents jours selon la monographie de la NASA, d’« un an et demi » selon la page de la Mars Society : nous donnons le premier chiffre, plus précis. Le portrait de Robert Zubrin publié par The Economist n’est republié qu’en partie par la Mars Society ; nous n’avons utilisé que les passages lisibles.
La longueur
Ce livre compte environ quatre mille cinq cents mots, contre deux mille trois cents dans sa version précédente. Nous y avons ajouté l’histoire de Mars Direct, d’après la monographie de la NASA, le parcours de Robert Zubrin, d’après un portrait de The Economist republié par la société, ainsi que ses concours et ses programmes de formation. L’objectif fixé pour cette collection était de cent mille. Nous ne l’avons pas atteint, et nous préférons le dire : nous n’avons écrit que ce que nos sources permettaient d’affirmer.
L’illustration
L’image placée en tête de ce livre est une illustration dont nous n’avons pas pu vérifier la provenance exacte.
Sources en ligne
- Mars Society, Founding Declaration
- Mars Society, About
- Mars Society, Mars 160 (2016)
- Mars Society, Mars160 FMARS Final Mission Report (2017)
- Mars Society, Shannon Rupert (2023)
- Mars Society, Ben Stanley (2024)
- Mars Society, HOPE (2025)
- Mars Society, Harper’s, « Redshift » (2026)
- Mars Society, FMARS
- Wikipedia, Flashline Mars Arctic Research Station
- Wikipedia, Mars Desert Research Station
- D. S. F. Portree, Humans to Mars, NASA SP-2001-4521
- Space.com, début de la phase arctique de Mars 160 (2017)
- Mars Society, « Mars Direct »
- The Economist (J. Mikanowski), « The man who inspired Elon Musk to shoot for Mars », 9 octobre 2026, republié par la Mars Society
- Mars Society, « Mars Colonies » (29 janvier 2020)
- Mars Society, « Mars City States » (3 mai 2021)
- University Rover Challenge, « About URC »
- Mars Society, compétition de conception de mission (21 juillet 2026)
- Mars Society, accord avec le South Seattle College (21 juillet 2026)
- Mars Society, Jessica Watkins et Crew-13 (29 septembre 2026)
- Mars Society, équipage 19 de FMARS (24 juillet 2026)
Faits vérifiés auprès de ces sources le 18 octobre 2026.
Pour aller plus loin
Bibliothèque Mars
Ce livre prolonge la page par une architecture complète de colonie martienne. Le dossier ci-dessus reste volontairement autonome : Arcadia est un approfondissement facultatif, pas un préalable à la compréhension.
Arcadia — Manuel de la première cité martienne
