Abstention aux élections, une contestation montante du système

 

 « Voter est un devoir ! » , « n'oublies pas le sacrifice de nos anciens » , « Si tu ne votes pas il ne faudra pas venir te plaindre » (...) Nous n'avons cessé d'entendre ces remarques ces dernières semaines, et en vérité, à chaque élection...

 

Depuis une vingtaine d’années, une tendance sans cesse croissante tend à la montée de l’abstention et manifeste une crise de la représentation politique, mais pas que. Outre le fait que la loi ne sanctionne pas l’abstentionnisme, elle peut revêtir des interprétations contradictoires ; Elle peut être le reflet d’un désintérêt ou d’une négligence des citoyens, peu intéressés par la vie publique ou pouvant résulter d’une insertion sociale limitée. L’abstention peut au contraire revêtir un caractère actif et militant lorsque c’est un acte politique conscient et motivé. Il exprime alors un refus de choisir, une hostilité envers les hommes politiques en compétition lors de l’élection ou envers les règles de fonctionnement du régime. Cet acte militant est de plus en plus souvent revendiqué comme tel notamment sur les réseaux sociaux et tend à ne plus être tabou.

 

Il est à souligner que pour beaucoup de ces abstentionnistes militants, on retrouve des origines variées à ce choix, remontant pour certains à la difficile pilule que fut le non-respect du référendum de 2005 dont le résultat fut par la suite "contourné".

 

Le système électoral prend sa part de responsabilité ; Le Scrutin uninominal majoritaire à deux tours surreprésente les majorités et sanctionne sur des élections importantes les minorités, les éliminant de facto de la vie politique à l'image de l'assemblée nationale. Ainsi, des partis politiques représentant plus de 15% des suffrages à une présidentielle peuvent se retrouver avec deux députés sur 577 comme en 2012, soit, en terme de représentation réelle, moins de 1%. L'absence de proportionnelle poussant par conséquent nombre de nos concitoyens à ne pas être représentés et, à ne plus percevoir l'utilité du vote.

 

A cela rajoutez les scandales à répétition de tous ces hommes politiques de tous bords confondus ; "corruption active et passive", "trafic d'influence", "faux et usage de faux", "abus de biens sociaux", "blanchiment, complicité et recel", "favoritisme", "fraude fiscale", "conflits d'intérêts", "fausses factures", "abus de confiance"... Saupoudrez là-dessus les rémunérations délirantes de ces mêmes politiques, les avantages en nature divers et variés que le travailleur lambda n'a pas et n'aura jamais et on obtient un cocktail explosif où près de sept Français sur dix considèrent que "les personnalités politiques sont le plus souvent corrompues" selon un sondage BVA réalisé pour i>Télé-CQFD et Le Parisien publié samedi 15 mars 2014...

 

Aux européennes de 2014, 57% des électeurs se sont abstenus de voter soit plus de la moitié. On peut de fait affirmer qu'une minorité décide pour la majorité, des élus qui vont les gouverner.

 

Le divorce avec cette classe politique est pour beaucoup consommé et définitif. Vous aurez beau pester contre cela, mais les abstentionnistes ne se rabattent pas sur les partis politiques dit hors ou antisystème. Il est à noter que la dimension contestataire que revêt l’abstentionnisme ne concerne pas uniquement la représentation politique, mais également les représentations syndicales et professionnelles ; on peut donc parler de réelle crise de la représentation !

 

Les raisons au refus de voter sont devenues si nombreuses... :

- Je ne vote pas parce que je me fiche de la sacralité du « droit de vote »

- Je ne vote pas parce que ça n’est pas une obligation

- Je ne vote pas parce qu'il n'y a aucun politicien en qui j'ai confiance

- je ne vote pas parce que les programmes ne sont jamais tenus

- Je ne vote pas parce que je ne comprends rien à tous ces programmes

- Je ne vote pas parce que je ne me sens pas concerné

- je ne vote pas parce que mon opinion ne sera pas représentée

- Je ne vote pas parce que le vote blanc n'est pas reconnu officiellement et ni pris en compte

- Je ne vote pas parce que ce sont toujours les mêmes

- Je ne vote pas parce que je n'approuve pas ce régime politique

- Je ne vote pas parce que ce sont tous des pourris, des corrompus, animés par l’appât du gain

...

 

L'abstention découle également d'une perception du combat et de l'engagement politique. Pourquoi d'ailleurs si peu de jeunes s'engagent-ils en politique ? A mes yeux, et j’en parle par expérience, les difficultés de cet engagement sont multiples :

 

- D'une part, un découragement à l'engagement par la croyance que rien ne changera et que ce n'est pas une personne seule qui aura la possibilité de faire évoluer la situation.

 

- Au vu des ténors en place qu'on revoit à chaque élection, le sentiment que le paysage politique est verrouillé par les mêmes, qui défendent leurs fauteuils et s'y agrippent comme un mollusque sur un rocher. Notamment au vu des intérêts pécuniaires très importants qui sont en jeu, et donnant la désagréable impression d'une caste de privilégiés, où l'argent prime sur l'engagement. Il y a une réalité d'impossibilité du renouvellement politique quand on ne cesse de voir des personnes qui ne sont plus toutes jeunes et qui en sont à leur 3ème, 4ème, 5ème mandat... Cela étant accru par le cumul des fonctions et des postes.

 

- La culpabilisation instaurée par les politiques en place, ne cessant, dans notre cas, d'expliquer que l'électorat de certains partis politiques est égaré, perdu, qu'il vote par mécontentement et non par vote d'adhésion. Comment un jeune qui entend cela, peut-il vouloir s'engager pour ses concitoyens quand les énarques en place le considèrent égaré, perdu, le culpabilisant pour ses idées ?

 

- La disponibilité : un député déjà en place, des élus déjà en place, dont l'occupation journalière est majoritairement l'objet de leur engagement politique, ont tout loisir de pouvoir faire campagne. Qu'en est-il du jeune qui souhaite s'engager ? Comment peut-il se libérer quand il est salarié à plein temps, pour aller à la rencontre des électeurs ? Une indisponibilité rémunérée, sous forme de droit à l'engagement politique (peu importe le nom qu'on donnerait à cela) et obligatoire, spécifique aux élections pour les candidats salariés, permettrait, d'après moi, de remédier à cette problématique qui aboutit en l’état à une inégalité de traitement et de disponibilité des candidats.

 

Il va falloir que les partis politiques, de tous bords, modèrent leurs ardeurs à l'annonce des résultats d'une élection, car quand un Français sur deux ne se déplace dans les urnes, c'est le système entier qui est remis en question, non soutenu par sa plèbe... Attention par conséquent aux retours de flammes... Car quand on ne croit plus en un système, on ne participe plus à l'effort national et on fait tout pour diminuer voire s'affranchir de la charge financière qui en découle. La répression, alors inévitable, est le briquet pouvant faire exploser la citerne.

 

<< A vouloir étouffer les révolutions pacifiques on rend inévitables les révolutions violentes >>